Le vaisseau mère de la flotte japonaise de recherche sur les cétacés, le Nisshinmaru est arrivé au port de Shimonoseki le 14 avril dernier, après environ 5 mois passés en mer. Il avait été précédé la veille par un autre navire, le Yûshin-maru No.3 qui a subit des dégâts suite aux actions dangereuse de l'ONG anti-baleinière Sea Shepherd. A cette occasion, l'Institut japonais de recherche sur les cétacés a rendu publics les premiers résultats de l'expédition de cette année. Tout comme l'année dernière, je vous propose d'en faire le tour rapidement.
Tout d'abord, la flotte a pu capturer 679 rorquals de Minke antarctique (balaenoptera bonaerensis) et 1 rorqual commun (balaenoptera physalus). Le quota initialement prévu était de 850 rorquals de Minke (+/-10%) et 50 rorquals communs. La différence est principalement due aux exactions de Sea Shepherd dont les activistes ont réussi à gêner les opérations de recherche pendant 16 jours. Le président de l'ONG, Paul Watson s'est dit satisfait de cette réduction du nombre de baleines capturées, mais il faut néanmoins souligner que 680 baleines, c'est plus que l'année dernière (551 rorquals de Minke). Soulignons que le programme JARPA2 comprend à la fois une approche létale et une approche non-létale de l'étude des cétacés.
La zone de recherche de cette année n'est pas la même que l'année dernière.
Fig.1 Zone de recherche JARPA2 2008/2009
- Cette année, 1974 groupes, soient 4884 individus de l'espèce rorqual de Minke antarctique ont été observés dans l'ensemble zone de recherche. Les trois vaisseaux d'observation et d'échantillonage ont capturé 679 rorquals de Minke antarctique, dont 375 mâles et 304 femelles. 96% des femelles matures étaient enceintes, représentant un taux similaires à ceux des autres années. L'expédition de cette année a permis d'élucider un peu plus la répartition des deux populations de rorquals de Minke antarctiques présentes dans cette zone.
Fig.2 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques (●)
- Les observations de rorquals de Minke antarctiques dans la mer de Ross semblent démontrer une répartition des animaux de cette espèce en fonction du sexe et de la maturité. En outre, aucune trace de lait maternel n'a été découvert dans les estomacs des 186 rorquals de Minke immatures capturés (mesurant de 5,0 à 8,6 mètres), et aucune femelle alaitante accompagnée d'un petit n'a été observée dans la zone de recherche. Cela semble indiquer que les femelles alaitantes ne migreraient pas jusque dans cette zone.
Fig.3 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques par sexe et maturité Femelles matures (o), immatures (x) ; Mâles matures (o), immatures (x)
- Les rorquals communs (122 groupes, soient 491 individus) et les baleines à bosse (418 groupes, soient 735 individus) étaient particulièrement nombreux dans le nord de la zone de recherche, avec des densités quasiment similaires à celle des rorquals de Minke antarctique. Un rorqual commun immature de 14,8 mètres pour 22,3 tonnes a été capturé. Ses estomacs contenaient quelques 300 kilos de krill. L'un des objectifs de JARPA2 est d'élucider les interactions entre les rorquals communs et de Minke ainsi que les baleines à bosse au niveau de leur alimentation.
- 15 groupes, soient 30 individus de baleine bleue ont été observés, principalement dans la mer de Ross.
Fig.4 Répartition des observations de baleines bleues (■), rorquals communs (▲), baleines franches australes (●) et des baleines à bosse (◆)
- Des observations d'odontocètes (cétacés à dents) et d'autres animaux tels que des léopards de mer ou des manchots d'Adélie ont également été faites.
Tout comme l'année dernière, l'ICR a également fait un rapport sur les attaques dont les navires de la flotte de recherche ont fait l'objet. Je ne vais pas le traduire, mais il reprend en détail ce dont j'ai déjà fait part au mois de février, notamment la collision provoquée par le Steve Irwin contre le Yûshin-maru No.3.
(Source figures : ICR)..lire la suite>>
dimanche, avril 26, 2009
Retour de la flotte de recherche d'Antarctique - premiers résultats
mardi, septembre 02, 2008
Tour d'horizon de l'actualité baleinière de l'été 2008
Après un break d'un mois, je vous propose de reprendre ce blog en faisant un petit point sur ce qui s'est passé dernièrement autour de la question de la chasse à la baleine. Il y a notamment eu deux informations qui ont attiré mon attention : la reclassification de certaines espèces de baleines dans la Liste Rouge de l'IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) et la publication dans la revue scientifique Polar Biology d'une étude japonaise issue du programme de recherche sur les cétacés en Antarctique (JARPA).
Comme l'indique cet article de la BBC, l'IUCN, une organisation internationale regroupant de nombreux experts a annoncé au mois d'août qu'elle reclassait plusieurs espèces de cétacés dans sa Red List des espèces en dangers de disparition. L'attention s'est particulièrement portée sur les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) et les baleines franches australes (Eubalaena australis) qui sont passées de "Vulnérable" à "Moindre risque". Il ne fait aucun doute qu'il s'agit du résultat de longues années de protection de ces deux espèces qui ont été intensivement chassée dans le passé. Notons que les baleines franches sont protégées depuis 1937 et les baleines à bosse depuis 1965, soit bien avant le moratoire adopté en 1982 par la Commission baleinière internationale.
Toutefois, il faut déplorer que d'autres espèces de cétacés telles que la baleine franche de l'Atlantique nord (Eubalaena glacialis) ou diverses sortes d'odontocètes comme le vaquita (Phocoena sinus) continuent d'être en danger critique, notamment à cause de la destruction de leur habitat naturel par les activités humaines.
En juillet dernier, la revue scientifique Polar Biology a publié une étude japonaise expliquant que la couche de graisse des rorquals de Minke (balaenoptera bonaerensis) avait diminué en moyenne de 9%, soit 18 kilos, en près de vingt ans. Intitulé "Decline in energy storage in the Antarctic minke whale (Balaenoptera bonaerensis) in the Southern Ocean" vient des résultats du programme de recherche (JARPA) conduit par l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) entre 1987 et 2005. Selon les auteurs, il est possible que l'augmentation du nombre de baleines à bosse qui se nourrissent également de krill antarctique soit à l'origine de cet amaigrissement des rorquals de Minke qui se verraient forcés à chercher leurs proies plus près du continent antarctique, dans la banquise (pack ice).
Malgré l'intérêt scientifique de cette étude, les détracteurs des programmes de recherche japonais semblent se lamenter sur le fait qu'une revue scientifique à comité de lecture l'ait publiée. Un certain John Hocevar de Greenpeace déclare même que "il n'est pas nécessaire de tuer des baleines pour les étudier", des méthodes plus modernes pouvant permettre de comptabiliser les baleines et mesurer leur épaisseur de graisse sans les tuer. Et bien, il ne reste plus à Greenpeace qu'à nous démontrer ça...
Outre ces deux informations, on peut noter que les autorités japonaises ont demander des mandats d'arrêt internationaux à l'encontre de trois activistes de Sea Shepherd qu'ells accusent d'avoir attaqué un navire de recherche nippon dans la mer de Ross en février 2007.
Concernant la viande exportée par l'Islande et la Norvège vers le Japon, Greenpeace semble se soucier de l'état de fraîcheur de celle-ci... mais les gens de cette ONG ne paraissent pas connaître l'existence de congélateurs...lire la suite>>
Libellés : cétacés, désinformation, JARPA, Revue de presse, science
jeudi, avril 17, 2008
Retour du Nisshin-maru au Japon - premiers résultats
Le Nisshin-maru, navire-usine de la flotte japonaise ayant participé à un programme de recherche sur les cétacés en Antarctique est rentré au port de Tokyo mardi 15 avril dernier, après cinq mois passé en mer. Le navire devait originalement se rendre au port de Kagoshima, mais des attaques subies par le Nisshin-maru et deux autres bateaux japonais qui ont causé les blessures de 4 membres d'équipage ont modifié les plans pour permettre aux gardes-côtes et à la police de mener une enquête sur ces événements.
L'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) qui est chargé par le gouvernement japonais de conduire ces programmes scientifiques, a présenté un premier bilan de l'expédition dans lequel il annonce que seuls 551 rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera bonaerensis) ont pu être prélevés sur le quota prévu de 850 rorquals de Minke (+/-10%) et 50 rorquals communs, notamment du fait de l'obstruction de deux ONG anti-baleinières en haute mer. Ce rapport présente également les premiers résultats de ce programmes de recherche. En voici quelques uns.
Fig.1 Zone de recherche JARPA2 2007/2008
(rouge)limite nord-sud, (bleu)banquise
- Le nombre de rorquals de Minke antarctiques observés cette année (926 groupes, soient 1.961 individus) est environ inférieur de moitié à celui du nombre d'observations faites il y a deux ans dans la même zone (1.848 groupes, soient 4.917 individus). Cette différence ne seraient pas due à une diminution du nombre de rorquals de Minke, mais au fait que les baleines à bosse auraient été plus nombreuses (1.433 groupes, soient 2.753 animaux) dans la zone de recherche et à la constitution de la banquise (pack ice) au sud de cette même zone. Cette année, les polynies (zones ouvertes au milieu de la banquise), inaccessibles aux navires, auraient en effet été nombreuses dans la baie Prydz où les rorquals de Minke se regroupent généralement.
- Le programme de recherche japonais a également permis de mettre en avant la relation entre la banquise et la répartition des rorquals de Minke antarctiques, les femelles matures se trouvant plutôt à l'intérieur des polynies alors que les immatures et les mâles se concentrent en bordure de banquise.
Fig.2 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques
- Les baleines à bosse (megaptera novaeangliae) ont été les baleines les plus observées (1.433 groupes, soient 2.753 animaux), et ce dans l'ensemble de la zone de recherche, continuant d'appuyer l'hypothèse selon laquelle les populations de cette espèce sont en augmentation. Le programme de recherche JARPA2 a pour objectif de mettre au jour les facteurs concernant les changements de répartition et d'interactions entre espèces pour l'alimentation (krill) des rorquals de Minke antarctiques et des baleines à bosse.
Fig.3 Répartition des observations de baleines à bosse
- Le nombre de rorquals communs (60 groupes, soient 172 individus) observés cette année a été très inférieur au nombre d'observations d'il y a deux ans dans la même zone (224 groupes, 936 animaux). Le fait que les navires d'observation (Kyôshin-maru No.2 et Kaikô-maru) aient observé un grand nombre de rorquals communs au nord de 60° Sud laisse penser que cette espèce s'est concentré plus au nord cette année. Le peu d'animaux croisés dans la zone de recherche et les obstructions de deux ONG anti-baleinières ont empêché la capture de 5O individus.
- Le programme JARPA2 comprend également des moyens de recherche dits non létaux (observation, photographie et prélèvement par biopsie), notamment pour les espèces rares comme la baleine bleue ou la baleine franche australe. Le nombre d'individus de ces deux espèces observés dans la zone de recherche est plus important que les années précedentes. (Baleine bleue : 49 groupes, 92 animaux. Baleine franche australe : 75 groupes, 101 animaux)
Fig.4 Répartition des observations de baleines bleues (■), rorquals communs (▲), baleines franches australes (●) et des cachalots (▼)
L'ICR a également fait un rapport concernant les attaques et obstructions dont les navires de la flotte de recherche ont fait l'objet. Il précise entre autres que les deux ONG anti-baleinières ont eu connaissance de la position du Nisshin-maru car ce dernier navire s'est vu demander par le Centre australien de coordination (RCC Australia) des secours de participer à la recherche d'un navire de pêche naufragé le 7 janvier 2008, et donc de communiquer ses coordonnées.
(Source figures : ICR)..lire la suite>>
