Le vaisseau mère de la flotte japonaise de recherche sur les cétacés, le Nisshinmaru est arrivé au port de Shimonoseki le 14 avril dernier, après environ 5 mois passés en mer. Il avait été précédé la veille par un autre navire, le Yûshin-maru No.3 qui a subit des dégâts suite aux actions dangereuse de l'ONG anti-baleinière Sea Shepherd. A cette occasion, l'Institut japonais de recherche sur les cétacés a rendu publics les premiers résultats de l'expédition de cette année. Tout comme l'année dernière, je vous propose d'en faire le tour rapidement.
Tout d'abord, la flotte a pu capturer 679 rorquals de Minke antarctique (balaenoptera bonaerensis) et 1 rorqual commun (balaenoptera physalus). Le quota initialement prévu était de 850 rorquals de Minke (+/-10%) et 50 rorquals communs. La différence est principalement due aux exactions de Sea Shepherd dont les activistes ont réussi à gêner les opérations de recherche pendant 16 jours. Le président de l'ONG, Paul Watson s'est dit satisfait de cette réduction du nombre de baleines capturées, mais il faut néanmoins souligner que 680 baleines, c'est plus que l'année dernière (551 rorquals de Minke). Soulignons que le programme JARPA2 comprend à la fois une approche létale et une approche non-létale de l'étude des cétacés.
La zone de recherche de cette année n'est pas la même que l'année dernière.
Fig.1 Zone de recherche JARPA2 2008/2009
- Cette année, 1974 groupes, soient 4884 individus de l'espèce rorqual de Minke antarctique ont été observés dans l'ensemble zone de recherche. Les trois vaisseaux d'observation et d'échantillonage ont capturé 679 rorquals de Minke antarctique, dont 375 mâles et 304 femelles. 96% des femelles matures étaient enceintes, représentant un taux similaires à ceux des autres années. L'expédition de cette année a permis d'élucider un peu plus la répartition des deux populations de rorquals de Minke antarctiques présentes dans cette zone.
Fig.2 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques (●)
- Les observations de rorquals de Minke antarctiques dans la mer de Ross semblent démontrer une répartition des animaux de cette espèce en fonction du sexe et de la maturité. En outre, aucune trace de lait maternel n'a été découvert dans les estomacs des 186 rorquals de Minke immatures capturés (mesurant de 5,0 à 8,6 mètres), et aucune femelle alaitante accompagnée d'un petit n'a été observée dans la zone de recherche. Cela semble indiquer que les femelles alaitantes ne migreraient pas jusque dans cette zone.
Fig.3 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques par sexe et maturité Femelles matures (o), immatures (x) ; Mâles matures (o), immatures (x)
- Les rorquals communs (122 groupes, soient 491 individus) et les baleines à bosse (418 groupes, soient 735 individus) étaient particulièrement nombreux dans le nord de la zone de recherche, avec des densités quasiment similaires à celle des rorquals de Minke antarctique. Un rorqual commun immature de 14,8 mètres pour 22,3 tonnes a été capturé. Ses estomacs contenaient quelques 300 kilos de krill. L'un des objectifs de JARPA2 est d'élucider les interactions entre les rorquals communs et de Minke ainsi que les baleines à bosse au niveau de leur alimentation.
- 15 groupes, soient 30 individus de baleine bleue ont été observés, principalement dans la mer de Ross.
Fig.4 Répartition des observations de baleines bleues (■), rorquals communs (▲), baleines franches australes (●) et des baleines à bosse (◆)
- Des observations d'odontocètes (cétacés à dents) et d'autres animaux tels que des léopards de mer ou des manchots d'Adélie ont également été faites.
Tout comme l'année dernière, l'ICR a également fait un rapport sur les attaques dont les navires de la flotte de recherche ont fait l'objet. Je ne vais pas le traduire, mais il reprend en détail ce dont j'ai déjà fait part au mois de février, notamment la collision provoquée par le Steve Irwin contre le Yûshin-maru No.3.
(Source figures : ICR)..lire la suite>>
dimanche, avril 26, 2009
Retour de la flotte de recherche d'Antarctique - premiers résultats
mercredi, février 11, 2009
Journalisme et chasse à la baleine - 3
En avril et mai 2007, j'écrivais respectivement au sujet d'un reportage de Reuters signé Olivier Fabre et de deux articles de Libération signés de Michel Temman. Je soulignais à quel point certains journalistes pouvaient faire preuve de manque de professionnalisme lorsqu'il s'agit de la chasse à la baleine. Hé bien, jamais deux sans trois, comme on dit ! Cette fois-ci, c'est au tour de leur confrère Olivier Michel du Figaro magazine.
Le titre de l'article de M. Michel donne tout de suite la couleur : "Baleines : pendant le massacre, la dégustation continue". Le mot massacre laisse déjà comprendre que le journaliste a plutôt un à priori négatif sur la chasse à la baleine. D'ailleurs, il n'y a aucun doute sur la qualité des programmes de recherche nippons, puisque "c'est en réalité la gastronomie et le commerce qui motivent la poursuite de campagnes massives et sanglantes." Donc l'auteur de l'article ne semble pas s'être donné la peine de se renseigner sur les résultats des recherches sur les cétacés que le Japon conduit depuis plus de 20 ans maintenant, mais il s'en donne à cœur-joie avec des mots comme "sanglant".
Pour illustrer ses dires, M. Michel a probablement dû se rendre au restaurant-magasin Yûshin dans le quartier d'Asakusa où, nous explique-t'il, on "propose de façon parfaitement explicite des centaines de conserves ou emballages sous vide contenant les meilleurs morceaux de baleine, crus ou séchés." Un peu plus loin, on apprends que "les acheteurs se pressent devant les réfrigérateurs, les vendeuses proposent aux plus fortunés le bacon, meilleure partie du mammifère, au prix de 2 500 euros le kilo." Étant un habitué du Yûshin, je dois vous avouer que le chiffre de 2500 euros m'a d'autant plus laissé perplexe que j'ai déjà acheté du bacon de baleine là-bas. Si vous jetez un coup d'œil à la photo ci-dessus, vous constaterez que les 200 grammes de bacon sont vendus 5.500 yen. Un rapide calcul (5.500 x 5 / 117) me donne le kilo à environ 235 euros, soit environ dix fois moins que ce que Olivier Michel nous annonce. Sagit-il là une simple erreur de sa part, ou y a-t'il une volonté de donner une fausse image de la valeur de la viande baleine au Japon ?
Le journaliste nous raconte ensuite que "dans les restaurants chics de l'archipel, les morceaux de choix multiplient souvent les additions par dix et sont à l'origine d'un trafic dénoncé par deux membres japonais de Greenpeace qui font la une des quotidiens." Bon, on sait déjà qui multiplie les prix par dix... c'est lui ! Quant au trafic dénoncé par Greenpeace, il reste à prouver puisque l'enquête conduite par le procureur de Tokyo n'a rien trouvé pour confirmer les accusations de l'ONG à l'encontre de 12 membres d'équipage du Nisshinmaru.
Le paragraphe suivant est toutefois celui que je préfère dans son article :
"Les autorités japonaises font, aux dires des spécialistes, un très mauvais calcul. Tout d'abord, parce que la chasse à la baleine n'est plus ce qu'elle était. En pleine crise économique, les longues campagnes coûtent beaucoup d'argent et n'en rapportent pas assez (les consommateurs ont d'autres priorités)."
Ça démontre à quel point le journaliste n'a aucune connaissance du sujet qu'il traite. Tout d'abord, les programmes de recherche japonais sur les cétacés ne sont pas des campagnes commerciales et les fonds issus de la vente de la viande de baleine ne servent qu'à couvrir les frais occasionnés par la recherche, pas à faire des profits. Quant à la question de savoir quelle est la priorité des consommateurs nippons, je me demande ce qu'il en sait.
Olivier Michel revient rapidement sur le bien fondé de la recherche japonaise en citant une source inconnue : "Tous les scientifiques du monde publient une abondante littérature sur l'objet de leurs travaux, expliquent les opposants. Or les Japonais ne publient rien." Tiens, c'est bizarre. L'année dernière, il y a eu tout un tintamarre en septembre 2008 au sujet d'un article publié dans le numéro de juillet de la revue Polar Biology. Les Japonais ne publieraient donc pas rien !? Il n'était pas difficile de se renseigner pourtant.
L'auteur de l'article conclut sur une note positive. On nous apprends que le fabricant d'appareils photo japonais Canon se serait "positionnée clairement contre la chasse avec le slogan « On ne doit shooter les baleines qu'avec un appareil photographique »." Ben oui, mais non... Ça, c'est la campagne de Greenpeace qui cherche à forcer Canon à prendre position contre la chasse baleinière, mais jusqu'à preuve du contraire, elle n'a toujours pas réussi.
Donc, M. Michel est lui aussi recalé pour ce qui est des compétences nécessaires au journalisme : impartialité, travail de recherche, etc.
PS :
Il y a également eu un article de Michel Temman sur les deux activistes de Greenpeace accusés de vol, mais ça ressemble tellement à une vulgaire repompe de la propagande de l'ONG que je ne me donnerai même pas la peine de le commenter...lire la suite>>
dimanche, novembre 09, 2008
Les méthodes de recherche létales et non-létales des programmes scientifiques japonais sur les cétacés
Suite à celui qu'il avait publié en avril dans la rubrique "geiron-tôron" du site kujira portal site, le Professeur Ohsumi Seiji a écrit un nouvel article, cette fois-ci sur les méthodes de recherche dites létales et non-létales. Comme vous le savez, les opposants à la chasse à la baleine déclarent haut et fort que toute recherche sur les cétacés peut être conduite sans tuer d'animaux... mais ça ne les empêche pas de ne pas mettre en pratique leurs propres conseils, puisque ni l'Australie, ni les ONG comme Greenpeace ne conduisent de tels programmes (c'est-à-dire "non-létaux") en Antarctique. Pour mieux comprendre pourquoi, je vous propose une traduction de l'article du Professeur Ohsumi.
Les méthodes de recherche létales et non-létales des programmes scientifiques japonais sur les cétacés
Ohsumi Seiji (conseiller, Institut japonais de recherche sur les cétacés), 3 septembre 2008
Que ce soit au sein de la Commission baleinière internationale ou directement par le biais d’actions illégales tels que des actes de piraterie en mer ou le vol, les opposants à la chasse à la baleine utilisent ces derniers temps toute sorte de subterfuges pour mettre fin au programme de recherche scientifique sur les cétacés que le Japon conduit en Antarctique selon les termes de l’article 8 de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine. Parmi ceux-ci figure celui qui consiste à faire appel à un scientifique anti-chasse et à déclarer tapageusement que l’on “peut conduire la recherche sur les baleine sans les tuer.”
La recherche sur les baleines – qui ont pour particularités d’être parfaitement aquatiques, de vivre dans un environnement marin en trois dimensions, d’être colossales et de nager à grande vitesse – se compose de diverses méthodes mettant à profit ces spécificités. Il y a certes des informations qui peuvent être obtenues sans tuer de baleines (méthodes non-létales), mais ce que les opposants à la chasse à la baleine refusent de reconnaître, ou bien cachent intentionnellement, c’est que selon les données recherchées, il est parfois nécessaire de capturer des baleines (méthodes létales).
Parmi les méthodes de recherche qu’ils recommandent, on peut citer “l’observation”, “le marquage naturel (natural marking survey)”, “le traçage par satellite”, “l’utilisation d’enregistreurs (data logger)”, “l’échantillonnage acoustique”, “les prélèvements par biopsie” ou “l’analyse des matières fécales”. Toutefois, bien que ces méthodes soient applicables aux baleines d’un point de vue théorique, il faut bien comprendre que nombre d’entre elles sont en fait impossibles à mettre en œuvre pour diverses raisons telles que les spécificités des espèces ciblées, les objectifs de recherche, les conditions géographiques et climatiques des zones de recherche, la disponibilité de navires, de personnel navigant et de chercheurs adéquats, ou encore celle des frais de recherche nécessaires.
Ce n’est pas pour autant que le Japon écarte toute méthode de recherche non-létale dans les deux programmes scientifiques qu’il conduit actuellement sur les cétacés en Antarctique et dans le Pacifique nord-ouest. Il emploie en fait des méthodes létales et non-létales, associant les points forts de celles les plus adéquates pour atteindre efficacement les objectifs de recherche.
La recherche japonaise sur les baleines consistant à repérer et à capturer de manière aléatoire des individus des espèces ciblées, le long d’une trajectoire déterminée dans la zone de recherche, la méthode non-létale qu’est “l’observation” en est la base. Les données précises obtenues sur le long terme grâce à “l’observation” aident grandement à suivre les changements au sein des populations des différentes espèces de cétacés et à mieux comprendre les relations entre ces dernières.
Cependant, “l’observation” a ses points faibles, ne permettant que de connaître la répartition et l’environnement de chaque espèce, mais pas la constitution biologique interne de ces animaux. Par ailleurs, la détermination de l’espèce et du nombre d’individus composant les groupes de cétacés découverts en mer nécessite de s’en approcher. Pour cela, il est nécessaire d’avoir des navires de recherche adaptés à “l’observation” et de faire suivre un long entraînement aux chercheurs. Il se trouve que les baleiniers sont le type de navire le plus adéquat et que seule la chasse scientifique permet de préserver ces bateaux et leur équipage. Il faut également savoir que le programme de recherche non-létal IDCR/SOWER, conduit dans l’Océan austral sous l’égide du comité scientifique de la CBI, est rendu possible parce que le Japon met à disposition à chaque fois un excellent navire baleinier et un personnel compétent, formé grâce à la chasse scientifique.
“le marquage naturel (natural marking survey)” est une méthode utilisant des procédés comme la photographie et consistant à suivre de manière temporelle des individus identifiés grâce à des caractéristiques tels que des formes ou des couleurs spécifiques à une espèce.
Cette méthode n’est toutefois efficace que dans le cas d’espèces de cétacés dont les particularités individuelles de forme et de couleurs sont notable, les mouvements lents et migrant tous les ans vers des zones réduites près des côtes comme les baleines à bosse, ou celles, comme la baleine grise, dont le nombre est bas. Elle est par contre difficile à appliquer et peu efficiente dans le cas de baleines qui ne présentent pas de distinctions nettes entre individus au niveau de la morphologie, qui se déplacent prestement, qui vivent dans de vastes aires et dont les populations sont importantes telles que les rorquals de Minke ou les rorquals communs. Pour ces raisons, “le marquage naturel” n’apporte que peu de résultats vis-à-vis de ces espèces rapides dans les pays qui ne disposent pas de navires baleiniers capables de s’en approcher.
Les programmes de recherche japonais incluent également “le marquage naturel”, lorsque des individus de certaines espèces sont découverts au cours de “l’observation”, et les informations ainsi obtenues sont exploitées en coopération avec des scientifiques d’autres pays qui étudient les mêmes animaux dans des zones différentes, et contribuent au développement des connaissances sur les routes migratoires et les stocks.
“Le traçage par satellite”, qui consiste à suivre les mouvements d’animaux depuis l’espace, est d’un point de vue théorique un moyen efficace pour connaître sur le long terme les routes migratoires des cétacés et étudier les zones de reproduction où la recherche ne peut être conduite.
Des essais pour développer une technologie fiable de traçage par satellite ont été conduits pendant de nombres années au cours des programmes de recherche japonais, et ils ont récemment permis d’obtenir des résultats intéressants. Le fait qu’aucun pays appelant à l’utilisation exclusive de moyens de recherche non-léthaux n’emploie cette méthodes pour étudier les mêmes espèces baleinières que le Japon dans des zones aussi vastes que l’Océan austral est dû à des problèmes technologiques et pratiques dans leur maîtrise du traçage par satellite.
“L’utilisation d’enregistreurs (data logger)” est très utile pour étudier le comportement quotidien dans l’eau des baleines tels que leur alimentation, et c’est à mon avis une méthode de recherche non-létale qui mérite d’être développée davantage. Malheureusement, elle n’a pas pu être mise en œuvre jusqu’à présent dans les programmes scientifiques japonais.
“L’utilisation d’enregistreurs (data logger)” est actuellement utilisée dans l’étude des odontocètes, au Japon et dans d’autres pays, mais cette technologie n’est pas encore au point pour ce qui est des baleinoptères. En outre, la mise en place de ces appareils nécessite des navires de recherche rapides et maniables permettant de s’approcher des baleines tels que les baleiniers.
“L’échantillonage accoustique” offre l’avantage d’être possible de nuit et par mauvais temps, contrairement à “l’observation”. Il permet d’évaluer le nombre d’animaux et de suivre des individus grâce au son. C’est une méthode qui a de l’avenir au niveau des applications et qui est testée dans le cadre du programme SOWER auquel le Japon participe, mais elle n’est pas encore utilisable.
“La biopsie”, qui consiste à récupérer des morceaux de peau détachés naturellement ou à en prélever à l’aide de fusils ou d’arbalètes pour analyser l’ADN et les hormones des baleines, est une méthode de recherche non-létale vivement recommandée par les opposants à la chasse à la baleine.
Elle est utilisée dans le cadre des programmes de recherche japonais pour des espèces de cétacés comme la baleine franche ou la baleine à bosse, mais son application à d’autres telles que le rorqual de Minke ou le rorqual boréal est difficile. Cela est dû au fait que ces baleines se déplacent vite et que, même avec un navire baleinier, il est peu aisé de s’en approcher suffisamment pour les atteindre avec un fusil hypodermique en haute-mer.

“L’analyse des matières fécales” est une autre méthode non-létale qui revient souvent dans les discours anti-baleiniers ces derniers temps.
Le point faible de cette méthode est que même en temps normal, les matières fécales des baleines sont dans un état diarrhéique et qu’elles se désagrègent aussitôt dans l’eau. Par ailleurs, les cétacés ne déféquant pas tout le temps et pas toujours lorsqu’ils font surface, il faudrait suivre la même baleine pendant longtemps sans savoir quand elle évacuerait des matières fécales. En plus, cette méthode ne permet pas de savoir la composition, la quantité et les périodes d’alimentation des cétacés, contrairement à la capture d’animaux.
Un autre défaut des méthodes non-létales est qu’elles nécessiteraient d’importants fonds pour la recherché et le maintien des navires ainsi que pour rassembler un personnel expérimenté afin de pouvoir fournir des informations du même niveau que celles des programmes scientifiques que le Japon conduit actuellement.
À cela s’ajoute le fait que les méthodes non-létales ont un coût non compensable et ne peuvent pas produire des biens profitant au bien-être des gens comme le fait la chasse scientifique. Nombreuses d’entre elles comme la biopsie peuvent également se révéler traumatisantes mentalement et physiquement pour les baleines du fait qu’il faille les suivre durant de longues périodes de temps.
Pour ces raisons, aucun des pays s’opposant au programmes scientifiques japonais n’ont obtenus de résultats de la même qualité en conduisant uniquement une recherche non-létale. Cela montre clairement à quel point ce qu’ils recomandent n’est pas réalisable.
Plutôt que d’envoyer des bateaux jusqu’en Antarctique et d’agir de façon inutile et lâche, n’apportant rien à la science en commettant des actes terroristes pour entraver la recherche, les organisations anti-baleinières gagneraient l’estime de tout le monde, dont la nôtre, si elles apportaient quelques résultats en mettant en œuvre les méthodes non-létales qu’elles professent.
Le commissaire de l’Australie aurait proposé lors de la 60e réunion plénière de la Commission baleinière internationale qui s’est tenue cette année, de conduire un programme de recherche non-létal indépendant du SOWER en Antarctique, mais aucun plan de recherche précis n’a été proposé au comité scientifique et discuté. Bien que je n’en connaisse pas le détail, j’aimerais en savoir plus sur ce programme s’il ne devait pas être qu’une proposition et être mis en œuvre.
Il va s’en dire que nous reconnaissons l’importance de la recherche non-létale dans l’étude des cétacés, et que nos programmes contribuent également à développer ces technologies. Et il est certain que cela n’est en fait possible qu’en conduisant parallèlement la chasse scientifique et que les méthodes non-létales seules ne permettraient pas d’obtenir le genre de données et d’échantillons que nous désirons pour notre recherche.
À partir du corps de baleines capturées dans le cadre de la chasse scientifique, il nous est possible de faire facilement des mesures et des prélèvements de plus de 100 sortes comme le sexe, la taille et le poids, ceux des différents organes, les organes sexuels et des fœtus ou le contenu des estomacs. La plupart de ces derniers ne seraient pas possibles avec des méthodes non-létales. Par ailleurs, comme le précisent les termes du paragraphe 2 de l’article 8 de la convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, les produits obtenus à partir des carcasses des baleines après leur étude sont revendus selon les directives du gouvernement japonais, servant pour l’alimentation humaine et permettant de couvrir une partie des 7 milliards de Yen (environ 600 millions d’Euros) que coûtent ces programmes de recherche.
Les objectifs des programmes de recherché japonais sur les cétacés sont avant tout de (1) contribuer au développement de la science en obtenant les données nécessaires à la mise en place d’une chasse baleinière durable, de (2) faire progresser les méthodes de recherche sur les populations de baleines dans le cadre du moratoire sur la chasse commerciale, de (3) non seulement préserver, mais aussi améliorer les techniques de chasse à la baleine en vue de sa reprise, d’ (4) assurer les navires, installations et personnels nécessaires aux opérations baleinières et (5) de préserver, promouvoir et répandre la consommation de viande de baleine en préparation d’une probable future crise alimentaire. Ils jouent donc un important rôle scientifique et social...lire la suite>>
mardi, septembre 02, 2008
Tour d'horizon de l'actualité baleinière de l'été 2008
Après un break d'un mois, je vous propose de reprendre ce blog en faisant un petit point sur ce qui s'est passé dernièrement autour de la question de la chasse à la baleine. Il y a notamment eu deux informations qui ont attiré mon attention : la reclassification de certaines espèces de baleines dans la Liste Rouge de l'IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature) et la publication dans la revue scientifique Polar Biology d'une étude japonaise issue du programme de recherche sur les cétacés en Antarctique (JARPA).
Comme l'indique cet article de la BBC, l'IUCN, une organisation internationale regroupant de nombreux experts a annoncé au mois d'août qu'elle reclassait plusieurs espèces de cétacés dans sa Red List des espèces en dangers de disparition. L'attention s'est particulièrement portée sur les baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) et les baleines franches australes (Eubalaena australis) qui sont passées de "Vulnérable" à "Moindre risque". Il ne fait aucun doute qu'il s'agit du résultat de longues années de protection de ces deux espèces qui ont été intensivement chassée dans le passé. Notons que les baleines franches sont protégées depuis 1937 et les baleines à bosse depuis 1965, soit bien avant le moratoire adopté en 1982 par la Commission baleinière internationale.
Toutefois, il faut déplorer que d'autres espèces de cétacés telles que la baleine franche de l'Atlantique nord (Eubalaena glacialis) ou diverses sortes d'odontocètes comme le vaquita (Phocoena sinus) continuent d'être en danger critique, notamment à cause de la destruction de leur habitat naturel par les activités humaines.
En juillet dernier, la revue scientifique Polar Biology a publié une étude japonaise expliquant que la couche de graisse des rorquals de Minke (balaenoptera bonaerensis) avait diminué en moyenne de 9%, soit 18 kilos, en près de vingt ans. Intitulé "Decline in energy storage in the Antarctic minke whale (Balaenoptera bonaerensis) in the Southern Ocean" vient des résultats du programme de recherche (JARPA) conduit par l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) entre 1987 et 2005. Selon les auteurs, il est possible que l'augmentation du nombre de baleines à bosse qui se nourrissent également de krill antarctique soit à l'origine de cet amaigrissement des rorquals de Minke qui se verraient forcés à chercher leurs proies plus près du continent antarctique, dans la banquise (pack ice).
Malgré l'intérêt scientifique de cette étude, les détracteurs des programmes de recherche japonais semblent se lamenter sur le fait qu'une revue scientifique à comité de lecture l'ait publiée. Un certain John Hocevar de Greenpeace déclare même que "il n'est pas nécessaire de tuer des baleines pour les étudier", des méthodes plus modernes pouvant permettre de comptabiliser les baleines et mesurer leur épaisseur de graisse sans les tuer. Et bien, il ne reste plus à Greenpeace qu'à nous démontrer ça...
Outre ces deux informations, on peut noter que les autorités japonaises ont demander des mandats d'arrêt internationaux à l'encontre de trois activistes de Sea Shepherd qu'ells accusent d'avoir attaqué un navire de recherche nippon dans la mer de Ross en février 2007.
Concernant la viande exportée par l'Islande et la Norvège vers le Japon, Greenpeace semble se soucier de l'état de fraîcheur de celle-ci... mais les gens de cette ONG ne paraissent pas connaître l'existence de congélateurs...lire la suite>>
Libellés : cétacés, désinformation, JARPA, Revue de presse, science
lundi, juillet 07, 2008
Remplacer le programme de recherche sur les cétacés par un programme de recherche globale sur l’environnement de l’océan Austral
J'ai précédemment présenté les opinions de deux personnes impliquées dans le débat sur la chasse à la baleine au Japon, Morishita Jôji de l'Agence japonaise pour la pêche et Ohsumi Seiji de l'Institut japonais de recherche sur les cétacés. Le quotidien Suisan Keizai Shinbun, spécialisé dans les informations relatives aux affaires maritimes, a publié le mois dernier (5 juin) l'opinion de Komatsu Masayuki, ancien commissaire délégué du Japon à la CBI et actuellement professeur au National Graduate Institute for Foreign Policies. Comme il connaît lui aussi bien le sujet de la chasse à la baleine - il a d'ailleurs écrit plusieurs livres dessus -, son point de vue m'a semblé intéressant. Aussi ai-je décidé de présenter une traduction de son article.
Opinion des lecteurs – Komatsu Masayuki (professeur au National Graduate Institute for Policy Studies)
Remplacer le programme de recherche sur les cétacés par un programme de recherche globale sur l’environnement de l’océan Austral
Suisan Keizai, le 5 juin 2008
Le Japon a la responsabilité de présenter les informations de la recherche sur les cétacés en Antarctique
Ces dernières années, d’ importants phénomènes anormaux interviennent dans l’écosystème de l’océan Austral dont les cétacés font partie. C’est on pense, parce que l’environnement de l’océan Austral et des abords de l’Antarctique ont grandement changé. Il nous est possible de saisir les effets du réchauffement climatique dans l’atmosphère et à la surface de la Terre tels que l’élargissement du trou de la couche d’ozone, l’effondrement de la plate-forme glaciaire Larsen B, la diminution de la baie des Baleines formées par les glaces de la mer de Ross ou les importants changements chez les manchots Adélie et les manchots empereurs, mais il est difficile de comprendre ce qui se passe sous la surface de la mer. La découverte des modifications qui ont lieu dans l’eau est rendue possible par des activités de recherche de grande envergure et à long terme. La recherche sur les cétacés en Antarctique commencée en 1987 se base sur l’article 8 de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine, est mise en oeuvre légalement par le Japon qui est un pays signataire de ce texte, et a apporté des informations très utiles quant à l’écosystème marin de l’océan Austral à la société internationale par le biais du comité scientifique de la Commission baleinière internationale.
Les résultats de vingt ans de recherche tirent la sonnette d’alarme pour l’humanité. Cependant, sans explication précise de ce qui se passe exactement dans l’océan Austral ces dernières années, on peut difficilement dire que le Japon remplit son rôle d’information. Cette recherche est conduite dans l’océan Austral qui est un patrimoine commun de l’humanité et le devoir d’explication du Japon est donc important.
La ruée des baleines vers le Sud
Les baleines à bosse qui vivent en grands nombres dans les eaux au nord du 60e parallèle de latitude Sud se déplacent massivement vers l’océan Austral, en dessous du 60e parallèle Sud où les eaux sont plus froides, du fait de l’augmentation de la température de la mer. Les populations de cette espèce augmentent annuellement de plus de 14%. La biomasse des baleines à bosse représente près du double (dans la zone IV de l’océan Austral) de celle des 760.000 rorquals de Minke. Il s’agit de l’espèce la plus importante dans l’écosystème de l’océan Austral et les informations que procureraient leur capture sont scientifiquement indispensables.
Les populations de rorquals communs aussi augmentent à un rythme de plus de 10% par an dans les eaux au sud du 60e parallèle de latitude Sud. Cependant, les populations de baleines bleues qui comptaient autrefois quelques 330.000 animaux et ne sont plus qu’environ mille aujourd’hui, ainsi que celles des rorquals de Minke que l’on estime à 760.000 bêtes, non seulement n’augmentent pas, mais on observe des anormalités chez certains individus. Ils maigrissent et leur couche de graisse devient plus mince. On constate aussi une diminution des naissances. L’âge des femelles gravides est aussi de plus en plus élevé. En outre, ces animaux vont jusqu’à l’intérieur de la banquise (pack ice). Ces phénomènes sont, on pense, dûs au réchauffement climatique.
Le réchauffement de l’océan Austral
La température atmosphérique de l’Antarctique est montée de trois degrés Celsius lors des cinquante dernières années (côte ouest de la péninsule antarctique). Par ailleurs, les glaces de mer et celles du continent antarctique fondent, faisant progresser la désalinisation de l’eau de mer. Si l’eau dont la densité est moindre du fait d’une faible concentration en sel et d’une température plus élevée stagne, le mélange vertical ne s’opère pas et les courants ascendants s’affaiblissent. Les sels nutritifs tels que les silicates parviennent ainsi difficilement jusqu’à la surface de la mer où a lieu la photosynthèse, et avec la réduction de la couche d’ozone, la production de phytoplancton comme les diatomées diminue. On suppose que le krill antarctique qui s’en nourrit a diminué. Il a été rapporté que le krill antarctique aurait diminué de 75 à 82% autour de la péninsule antarctique depuis 1970 (British Antarctic Survey). Les chalutiers japonais ne rencontrent plus de grandes densité de krill antarctique.
L’utilisation des ressources vivantes marines et le contrôle du réchauffement
La production d’aliments par l’industrie agricole entraîne la déforestation pour créer des champs et l’émission de dioxyde de carbone (CO2) par le bétail. Si on prend la totalité du CO2 sur Terre, 2% se trouve dans l’atmosphère et 98% dans les océans. Par conséquent, stimuler le cycle du CO2 des océans devrait être extrêmement efficace lorsqu’on envisage de rétablir l’équilibre de CO2 sur Terre et réduire celui dû aux échappements.
Dans les océans, le CO2 est assimilé par le phytoplancton puis à travers le le zooplancton, absorbé par les poissons et les cétacés. L’utilisation adéquate par les hommes de ces dernières ressources revient à stimuler l’absorption / dissolution et le cycle du CO2 des océans. Ainsi, les hommes controleraient les émissions de CO2 terrestre (dans l’atmosphère) et contribueraient au contrôle du réchauffement planétaire et donc de celui des océans. Par ailleurs, l’utilisation alimentaire du krill qui représente une ressource de plusieurs dizaines de millions de tonnes est également très importante si l’on considère qu’elle est respectueuse de l’environnement en général.
Vers la mise en oeuvre d’un programme de recherche global sur l’environnement de l’océan Austral
Un programme de recherche accompagné du besoin de vérifier des hypothèses et un raisonnement de grande envergure et ayant pour objectif de contribuer à l’élucidation et la résolution de l’influence du réchauffement climatique à l’échelle planétaire, nécessite l’élaboration d’un projet à long terme et la capacité de l’exécuter. En Antarctique aussi, il est nécessaire de mettre en oeuvre de manière globale l’observation océanographique (sels, température de l’eau, mélange vertical, convection), la recherche sur le phytoplancton et le zooplancton comme le krill antarctique, ainsi que celle sur les manchots et les cétacés qui s’en nourrissent. En ce qui concerne les cétacés, il est indispensable de surveiller la concurrence entre les espèces d’eaux tempérées comme la baleine à bosse et celles d’eaux froides telles que les baleines bleues et les rorquals de Minke antarctiques, ainsi que les changements de caractéristiques physiologiques. Ces activités de recherche devraient contribuer aux mesures pour faire face aux changements environnementaux et au réchauffement planétaire demandées par le monde contemporrain ainsi qu’ à l’élucidation des changements des écosystèmes marins, et aussi remédier à une future pénurie alimentaire.
Création d’un institut de recherche globale sur l’environnement des océans
Avec l’adoption de la Loi fondamentale sur la politique océanique, l’Etat japonais se doit, je pense, de jeter toutes ses forces dans la mise en oeuvre de ces programmes de recherche et de coordonner globalement la recherche et les études conduites jusqu’à présent séparément par l’Université de Tokyo, l’Institut national de recherche sur la pêche pélagique (NRIFSF), l’Institut national de recherche polaire (NIPR), l’Agence japonaise pour la science et la technologie marine-Terre (JAMSTEC) et l’Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR). En particulier, ces instituts et agences devraient créer des liens de coopération et être réorganisés. Le Japon devrait former sur la base de l’ICR, un "institut de recherche globale sur l’environnement des océans" en tant qu’organisme central pour ces recherches et études, et chercher à atteindre une recherche qui répond aux besoins du 21e siècle en invitant des chercheurs de pays étrangers.
Le programme de recherche sur les cétacés en Antarctique actuel devrait être grandement modifié et conduit en tant que "projet de recherche global sur l’environnement de l’océan Austral" dont le but serait de contribuer à l’élucidation des problèmes de réchauffement climatique et de pénurie alimentaire. Il devrait viser une coopération avec les pays qui conduisent actuellement des recherches scientifiques en Antarctique comme la Norvège, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et l’Australie.
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vendredi, mai 30, 2008
Le plus grand squelette complet de baleine franche
Aujourd'hui, je me suis rendu sur le campus de Shinagawa de l'Université de sciences et technologies marines de Tôkyô (Tôkyô kaiyô daigaku 東京海洋大学). Là se trouve une galerie consacrée au squelette d'une baleine franche du Pacifique nord (Eubalaena japonica). Il s'agit d'un mâle de 17,1 mètres de long pour un poids de 67,2 tonnes (sans les fluides corporels), en faisant le plus grand squelette complet de baleine franche au monde. Il a été capturé le 22 août 1961 au large de l'île Kodiak (Alaska) dans le cadre d'un programme de recherche sur les baleines franches du Pacifique nord conduit par l'Institut japonais de recherche sur les baleines en accord avec l'article 8 de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine.
Le programme a été conduit entre 1956 et 1968, et vu la capture de 13 spécimens. En 1961, trois baleines ont été prélevées avec la coopération de la flotte du Kyokuyô-maru appartenant à la compagnie baleinière Kyokuyô Hogei. Les squelettes de deux des trois baleines ont été offert par l'Institut japonais de recherches sur les baleines à l'Université des pêches de Tôkyô (actuelle Université de sciences et technologies marines de Tôkyô) et au Smithsonian National Museum of Natural History en 1965. L'actuelle galerie où est esposé le squelette a été ouverte en avril 2006 lorsque l'Université de sciences et technologies marines de Tôkyô a changé de statut. Il s'agit d'une annexe du Musée des sciences de la pêche de l'université qui en libre accès au publique.
Pour l'anecdote, dans son livre Kujira wo otte hanseiki 「クジラを追って半世紀」 (Un demi-siècle à la poursuite des baleines), Ohsumi Seiji qui a participé au programme de recherche en 1961, explique que les testicules du mâle exposé sur le campus de Shinagawa pesaient respectivement 520 kg (gauche) et 452 kg (droite). Il précise également que du sperme gouttait du pénis de l'animal, laissant penser que les baleines franches du Pacifique nord se reproduisent aussi en été. Il existe trois espèces de baleines franches : la baleine franche de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis), la baleine franche australe (Eubalaena australis) et la baleine franche du Pacifique nord. Elles sont protégées depuis 1936, mais seules celles de l'hémisphère sud montrent des signes de recouvrement. Les résultats des recherches conduites par l'Institut japonais de recherche sur les baleines ont été présentés dans un rapport publié en 1969.
Cette galerie est la même que celle visitée par les deux membres du "Whale-love Wagon"...lire la suite>>
mercredi, mai 14, 2008
La nécessité de conduire des recherches sur les cétacés en Antarctique et définition d’une nouvelle chasse à la baleine
Suite à l'opinion de Morishita Jôji, un nouvelle article a été publié dans la rubrique "geiron-tôron" du site Kujira portal. Il s'agit cette fois de l'opinion du Professeur Ohsumi Seiji, cétologue japonais et, jusqu'à l'année dernière, membre de la délégation scientifique japonaise à la Commission baleinière internationale.
Né en 1930, Ohsumi (Kitamura) Seiji a commencé à s'intéresser à la cétologie dans les années 1950 et est titulaire d'un doctorat en biologie obtenu à l'Université de Tokyo en 1958. Il a travaillé pour l'ancien institut de recherche sur les cétacés et d'autres organismes scientifiques, participant à de nombreux travaux et études sur les cétacés, notamment sur les méthodes de détermination de l'âge des cétacés.
La nécessité de conduire des recherches sur les cétacés en Antarctique et définition d’une nouvelle chasse à la baleine
Ohsumi Seiji (conseiller, Institut japonais de recherche sur les cétacés), 10 avril 2008
« Pourquoi le Japon a-t-il besoin de conduire des recherches sur les cétacés jusqu’en Antarctique ? » – C’est une question qui revient souvent, non seulement de la part des organisations opposées à la chasse à la baleine, mais aussi de gens qui s’intéressent sérieusement à ce problème. Pour y répondre, il est d’abord nécessaire de savoir que les mers autour de l’Antarctique sont la réserve mondiale en ressources baleinières.
Ce fait devient évident lorsqu’on additionne les chiffres des statistiques baleinières internationales quant aux nombres de cétacés capturés dans les océans du monde à l’aide de techniques modernes entre 1933 et 1978, époque d’or de la chasse à la baleine malgré la trêve qu’a offert la Seconde Guerre Mondiale.
En tout 1.909.000 baleines ont été capturées, parmi lesquelles 57% dans l’océan Austral, 19% depuis des stations installées sur les côtes de l’hémisphère sud, c’est-à-dire les mêmes ressources que dans l’océan Austral, 22% dans le Pacifique nord et 2% dans l’Atlantique nord. Il est alors clair que les captures effectuées dans l’hémisphère sud représentaient 76% des prises mondiales. Les cétacés de l’hémisphère sud étant plus grands que ceux de l’hémisphère nord, la proportion est d’autant plus importante si on considère la biomasse des baleines capturées.
(Note : biomasse = quantité indiquant en poids ou en énergie la quantité globale des matières organiques existant dans un espace arbitraire)
Au fur et à mesure que les épaisses glaces recouvrant le continent antarctique se déplacent vers la mer, une profusion de sels nutritifs transportés dans l’eau lorsque les glaciers effritent les rochers, et la vive lumière qu’émet le soleil lorsqu’il commence à apparaître au printemps, permettent au phytoplancton de se propager rapidement et au zooplancton tel que le krill qui s’en nourrit de proliférer, rougissant l’océan. A cette saison, les cétacés devenus maigres après avoir élevé leurs petits sans se nourrir dans les mers chaudes migrent en grand nombre vers l’océan Austral en quête d’importante quantité de nourriture. Ils grossissent alors en avalant de grands volumes de nourriture et se préparent à la période de reproduction hivernale.
Ainsi, les mers entourant l’Antarctique qui sont les plus productives en vie marine parmi les océans du monde, étaient autrefois et sont encore de nos jours où les principales ressources baleinières ont recouvré leurs niveaux, la réserve mondiale en cétacés.
On craint de nos jours que les ressources pétrolières ne s’épuisent au cours de ce siècle. Contrairement aux ressources minérales qui, comme le pétrole, diminuent au fur et à mesure qu’on les utilise, les ressources vivantes comme les cétacés sont renouvelables, et si exploitées dans la limite de leur reproductivité, peuvent être utilisées à long terme sans les épuiser. En outre, les ressources minérales peuvent être préservées si on ne les utilisent pas, mais négliger les ressources vivantes en ne les utilisant pas revient à ne pas exploiter le potentiel de renouvellement de la nature et donc à du gâchis.
Les baleines qui sont gigantesques et fournissent de la viande et de la graisse de bonne qualité font partie des ressources vivantes marines. Le moratoire sur la chasse à la baleine que la CBI maintient depuis une vingtaine d’année est une mesure extrêmement illogique et inacceptable d’un point de vue de l’utilisation du potentiel de la nature.
En 1948, la Commission baleinière internationale (CBI) a été établie en tant qu’organe exécutif de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine (CIRCB). A ses débuts, le comité scientifique (CS) dont les travaux de recherche sur les ressources baleinières étaient encore à un stade préliminaire, était dans l’incapacité de fournir des recommandations claires quant aux mesures de gestion des populations de baleines. Pour cette raison, il est certain que la CBI a longtemps maintenu des mesures à courtes vues et que les principales ressources baleinières ont remarquablement diminué.
Cependant, avec le développement des recherches sur les populations de cétacés, le CS a été en mesure de faire des recommandations avec assurance à partir des années 1960. Malgré cela, la CBI a ignoré l’avis du CS et adopté un moratoire sur la chasse à la baleine commerciale en 1982 pour des raisons politiques. La CBI a alors invoqué « le manque de connaissances sur les populations de baleines » comme raison.
Le gouvernement japonais a lancé en 1987 un programme de recherche sur les cétacés dans l’océan Austral pour approfondir les connaissances sur les ressources baleinières et ainsi faire lever le moratoire. Si le Japon cherchait à faire lever le moratoire en limitant ses recherches à ses propres eaux, il ne fait aucun doute que le camp anti-baleinier rétorquerait que le moratoire étant global, il ne peut être levé tant que la situation des cétacés des mers autour de l’Antarctique, réserve mondiale des ressources baleinières, n’a pas été mise au clair.
De nos jours où l’explosion démographique mondiale continue et où le réchauffement planétaire reste une source d’inquiétudes, laissant prévoir une prochaine crise alimentaire mondiale, grandes sont les attentes quant au potentiel de renouvellement des organismes vivant dans les océans qui couvrent trois quarts de la surface terrestre. La nécessité d’utiliser globalement et de façon durable les différents constituants d’un écosystème est désormais signalée.
Dans ce contexte, on ne peut accepter de ne pas utiliser et de négliger les cétacés qui se trouvent au sommet des écosystèmes marins, et la situation internationale rend inévitable de reprendre la chasse à la baleine en Antarctique, réserve en ressources baleinières, en préparation d’une crise alimentaire mondiale.
Par conséquent, le camp anti-baleinier qui essaie de prévenir ceci devrait être dénoncé au nom des peuples qui souffrent de la famine.
Les hommes ont la responsabilité de restaurer l’écosystème de l’océan Austral qu’ils ont eux-mêmes modifié.
Seuls le Japon et l’Union soviétique ont pratiqué la chasse à la baleine en Antarctique jusqu’au bout, mais l’ancien régime soviétique s’étant effondré, le Japon qui conserve les équipements de chasse et de dépeçage ainsi que les des techniciens expérimentés nécessaires à la mise en œuvre de programmes de recherche efficace incluant la capture d’animaux, est l’unique pays capable de conduire des recherches et études pour contrôler les populations de baleines.
Heureusement, le Japon qui désire reprendre la chasse à la baleine joue un rôle important dans l’intérêt international en conduisant actuellement des recherches létales sur les cétacés. Le fait que la CBI soit en mesure de poursuivre son programme international d’observation des cétacés depuis 1978 et de donner des résultats scientifiques est aussi dû à la mise en place par le Japon d’un programme scientifique comportant la capture de spécimens. Sans cela, le Japon serait incapable de fournir d’excellents navires et équipages, et un programme de l’envergure de celui de la CBI n’aurait pas vu le jour.
Nous avons jusqu’à maintenant mûrement réfléchi aux erreurs de la chasse commerciale du passé et pris les mesures nécessaires. La chasse à la baleine qui devrait être autorisée ne sera en aucun cas un retour à la chasse commerciale d’autrefois. Cette nouvelle chasse baleinière sera conduite selon une procédure gérant de manière sûre l’ensemble de l’écosystème marin et utilisera pleinement les baleines pour l’alimentation. Elle devra être une chasse de gestion des ressources conduite en même temps que des programmes de recherche semblables à ceux décrits par l’article VIII de la CIRCB. Si cette nouvelle chasse à la baleine devait commencer, les ressources baleinières de l’océan Austral, réserve mondiale, serait utilisées comme patrimoine commun de l’humanité, et les produits et profits de cette chasse contribueraient grandement à l’amélioration du bien-être des humains.
Voici ce que je propose concrètement concernant la manière dont devrait être conduite cette nouvelle chasse baleinière en Antarctique.
Tout d’abord, l’actuelle CIRCB serait abrogée et une organisation internationale de gestion des ressources baleinières en Antarctique (IAEMO) serait créée. L’organisme scientifique (SSO) qui en dépend calculerait les quotas de chasse pouvant être supportés par les cétacés sur la base de la théorie des écosystèmes et présenterait ses recommandations à l’IAEMO. L’IAEMO déterminerait alors les quotas de chasse par espèces et par stocks sur la base des recommandations du SSO et les mettrait aux enchères entre les pays membres. Les pays ayant obtenus les quotas auraient pour devoir de conduire la chasse à la baleine en Antarctique, et en respect des réglementations établies par l’IAEMO, auraient également pour devoir de conduire les recherches définies par le SSO tout en opérant de façon à exploiter entièrement les carcasses des baleines capturées, et ce principalement pour l’alimentation. L’IAEMO mandaterait et enverrait des inspecteurs internationaux auprès de chaque opérateur baleinier. L’IAEMO utiliserait les fonds recueillis grâce à la mise aux enchères des quotas à la fois pour l’envoi des inspecteurs internationaux et aussi pour le bien-être des hommes comme en soutenant des programmes alimentaires.(...)..lire la suite>>
mercredi, mai 07, 2008
Programme de recherche international IDCR/SOWER
J’ai précédemment évoqué le départ d’un bateau japonais, le Shônan-maru No.2 du port de Fremantle (Australie) en décembre dernier pour conduire un programme de recherche sur les cétacés de la CBI. Il me semble nécessaire de préciser un peu en quoi ce programme consiste et quelle est son importance dans les travaux de la Commission baleinière internationale.
En 1972, les Etats-Unis ayant réussi à faire passer une résolution de moratoire de 10 ans sur la chasse à la baleine lors de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement à Stockholm, ils ont fait pour la première fois la même proposition lors de la réunion plénière de la CBI. Toutefois, le comité scientifique de la Commission baleinière internationale a alors jugé que cette proposition de moratoire n’était pas justifié scientifiquement et a donc plutôt recommandé que les pays membres coopèrent à un programme de recherche intensive sur les cétacés de dix ans. La proposition américaine de moratoire fut par conséquent rejetée par la CBI et des discussions quant à un plan de recherche commencèrent.
Cette période correspond également avec le début de la chasse des rorquals de Minke dans l’océan Austral par le Japon (1971/1972) et l’URSS (1972/1973). Il est donc normal que cette espèce, dont les populations n’étaient pas bien connues, se soit retrouvée au centre des discussions. Prenant ces problématiques en considération, le scientifique américain P. B. Best a mis au point un programme de recherche international lors de la réunion de la CBI en 1978. Ce programme fut nommé IDCR (International Decade for Cetacean Research) et soutenu par le gouvernement du Japon.Le programme IDCR consiste principalement à observer les baleines rencontrées par des navires baleiniers (sans canon lance-harpon) mis à la disposition de la CBI par le Japon (et l’URSS entre 1980/81 et 1986/87) afin d’en évaluer le nombre. Les croisières ont lieu durant l’été austral et successivement dans l’une des six zones définies par la CBI autour du continent antarctique (voir image), en dessous du 60e parallèle Sud. Il faut donc six ans pour en faire le tour, c’est-à-dire pour compléter une croisière circumpolaire (CP). A bord de chaque navire se trouvent l’équipage du pays d’origine et une équipe internationale de chercheurs.
Le programme IDCR a débuté en 1978/1979 et a été renommé programme SOWER (Southern Ocean Whale and Ecosystem Research) en 1996, incluant de nouveaux éléments dont notamment l’observation des baleines bleues. Trois croisières circumpolaires ont déjà été effectuées : CPI (1978/1979 – 1983/1984), CPII (1985/1986 – 1990/1991) et CPIII (1991/1992 – 2004/2005). En 1990, le comité scientifique de la CBI a calculé une estimation des populations de rorquals de Minke dans l’hémisphère sud sur la base des résultats des observations faites lors de l’IDCR/SOWER. L’estimation approximative était d’environ 761.000 animaux (entre 510.000 et 1.140.000 avec un taux de confiance de 95%).
Cependant, comme je l’ai évoqué lors de mon compte-rendu des débats de la 58e réunion plénière de la CBI, le comité scientifique a trouvé une grande différence entre les estimations basées sur la première et la seconde croisières circumpolaires d’une part, et la troisième croisière d’autre part. Les estimations obtenues en combinant deux méthodes de calcul sont respectivement 594.000 (CPI), 769.000 (CPII) et 362.000 (CPIII). Il faut également prendre en compte le fait que les navires du programme IDCR/SOWER ne vont pas au nord du 60e parallèle Sud et ne peuvent pas accéder aux zones au-delà de la banquise autour du continent antarctique. Les observations sont donc négativement biaisée.
Après avoir beaucoup travaillé sur les raisons de cette différence, le comité scientifique de la CBI devrait donner de nouvelles estimations pour les populations de rorquals de Minke antarctiques dans l’hémisphère sud lors de la prochaine réunion si l’on en croit les récentes déclarations d’un quotidien australien. Les opposants déclareront sans doute que le rorqual de Minke antarctique est menacé, mais il ne s’agit aucunement d’une diminution brutale du nombre d’animaux.
En fait, ces écarts montrent une chose. Le programme IDCR/SOWER basé principalement sur l’observation des cétacés ne suffit pas à donner une vision précise de l’état des stocks de baleines. Les programmes japonais JARPA2 (Antarctique) et JARPN2 (Pacifique nord-ouest) permettent d’obtenir bien plus de paramètres biologiques sur les cétacés. A noter que le Japon contribue grandement à la recherche sur les cétacés par le biais des programmes IDCR/SOWER, JARPA2 et JARPN2...lire la suite>>
jeudi, avril 17, 2008
Retour du Nisshin-maru au Japon - premiers résultats
Le Nisshin-maru, navire-usine de la flotte japonaise ayant participé à un programme de recherche sur les cétacés en Antarctique est rentré au port de Tokyo mardi 15 avril dernier, après cinq mois passé en mer. Le navire devait originalement se rendre au port de Kagoshima, mais des attaques subies par le Nisshin-maru et deux autres bateaux japonais qui ont causé les blessures de 4 membres d'équipage ont modifié les plans pour permettre aux gardes-côtes et à la police de mener une enquête sur ces événements.
L'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) qui est chargé par le gouvernement japonais de conduire ces programmes scientifiques, a présenté un premier bilan de l'expédition dans lequel il annonce que seuls 551 rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera bonaerensis) ont pu être prélevés sur le quota prévu de 850 rorquals de Minke (+/-10%) et 50 rorquals communs, notamment du fait de l'obstruction de deux ONG anti-baleinières en haute mer. Ce rapport présente également les premiers résultats de ce programmes de recherche. En voici quelques uns.
Fig.1 Zone de recherche JARPA2 2007/2008
(rouge)limite nord-sud, (bleu)banquise
- Le nombre de rorquals de Minke antarctiques observés cette année (926 groupes, soient 1.961 individus) est environ inférieur de moitié à celui du nombre d'observations faites il y a deux ans dans la même zone (1.848 groupes, soient 4.917 individus). Cette différence ne seraient pas due à une diminution du nombre de rorquals de Minke, mais au fait que les baleines à bosse auraient été plus nombreuses (1.433 groupes, soient 2.753 animaux) dans la zone de recherche et à la constitution de la banquise (pack ice) au sud de cette même zone. Cette année, les polynies (zones ouvertes au milieu de la banquise), inaccessibles aux navires, auraient en effet été nombreuses dans la baie Prydz où les rorquals de Minke se regroupent généralement.
- Le programme de recherche japonais a également permis de mettre en avant la relation entre la banquise et la répartition des rorquals de Minke antarctiques, les femelles matures se trouvant plutôt à l'intérieur des polynies alors que les immatures et les mâles se concentrent en bordure de banquise.
Fig.2 Répartition des observations de rorquals de Minke antarctiques
- Les baleines à bosse (megaptera novaeangliae) ont été les baleines les plus observées (1.433 groupes, soient 2.753 animaux), et ce dans l'ensemble de la zone de recherche, continuant d'appuyer l'hypothèse selon laquelle les populations de cette espèce sont en augmentation. Le programme de recherche JARPA2 a pour objectif de mettre au jour les facteurs concernant les changements de répartition et d'interactions entre espèces pour l'alimentation (krill) des rorquals de Minke antarctiques et des baleines à bosse.
Fig.3 Répartition des observations de baleines à bosse
- Le nombre de rorquals communs (60 groupes, soient 172 individus) observés cette année a été très inférieur au nombre d'observations d'il y a deux ans dans la même zone (224 groupes, 936 animaux). Le fait que les navires d'observation (Kyôshin-maru No.2 et Kaikô-maru) aient observé un grand nombre de rorquals communs au nord de 60° Sud laisse penser que cette espèce s'est concentré plus au nord cette année. Le peu d'animaux croisés dans la zone de recherche et les obstructions de deux ONG anti-baleinières ont empêché la capture de 5O individus.
- Le programme JARPA2 comprend également des moyens de recherche dits non létaux (observation, photographie et prélèvement par biopsie), notamment pour les espèces rares comme la baleine bleue ou la baleine franche australe. Le nombre d'individus de ces deux espèces observés dans la zone de recherche est plus important que les années précedentes. (Baleine bleue : 49 groupes, 92 animaux. Baleine franche australe : 75 groupes, 101 animaux)
Fig.4 Répartition des observations de baleines bleues (■), rorquals communs (▲), baleines franches australes (●) et des cachalots (▼)
L'ICR a également fait un rapport concernant les attaques et obstructions dont les navires de la flotte de recherche ont fait l'objet. Il précise entre autres que les deux ONG anti-baleinières ont eu connaissance de la position du Nisshin-maru car ce dernier navire s'est vu demander par le Centre australien de coordination (RCC Australia) des secours de participer à la recherche d'un navire de pêche naufragé le 7 janvier 2008, et donc de communiquer ses coordonnées.
(Source figures : ICR)..lire la suite>>
