jeudi, janvier 31, 2008

L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 5

J'ai précédemment évoqué que les kujiragumi allaient progressivement disparaître à partir du milieu du 19e siècle du fait de la diminution brutale du nombre de baleines approchant les côtes japonaises. La raréfaction des baleines est probablement due au fait que le nombre de baleiniers occidentaux opérant au large du Japon a considérablement augmenté à cette époque.

En effet, après l'ouverture de la route du Pacifique à la fin du 18e siècle, les baleiniers américains et européens vont petit à petit étendre leurs activités à cet océan et atteindre les eaux au large de l'archipel nippon en 1820. La richesse de cette zone en ressources baleinières va lui valoir le nom de "Japan Grounds". Les Yankee Whalers y chassent principalement les cachalots et baleines franches. Cependant, l'absence de port de ravitaillement dans cette zone va amener les baleiniers occidentaux à essayer d'obtenir eau et bois auprès de ports japonais, et se voir chassés par les autorités locales. L'envoi de navires de guerre américains commandés par le commodore Matthew C. Perry pour obtenir l'ouverture de ports par le shogounat d'Edo en 1853 a été semble-t'il partiellement motivé par les besoins des baleiniers américains.

Comme je l'ai expliqué avant, l'organisation des kujiragumi nécessitait la gestion d'une importante main d'œuvre et reposait donc sur un équilibre précaire qui pouvait amener le groupe à la faillite au moindre bouleversement dans les conditions sociales ou écologiques. Nombreux sont les cas de kujiragumi ayant disparu avant même de finir une saison de chasse, et même les plus importants ont dû faire appel à des capitaux extérieurs, provenant souvent des seigneurs locaux, pour se sortir de situations délicates.

Face à cette crise, les dirigeants des kujiragumi vont tenter par différents moyens de donner une seconde vie à leur tradition. La première voie consistera à s’installer dans des régions où la chasse à la baleine n’a pas encore été introduite, en particulier dans le nord de l’archipel. Par exemple, Daigo Shinbê, qui organise la chasse à la baleine à Katsuyama (sud de la péninsule d'Awa - actuellement département de Chiba), sera ammené à introduire cette pratique en Hokkaidô. Néanmoins les chasseurs vont se heurter à deux problèmes de taille : l’opposition des pêcheurs de ces régions qui considèrent que les baleines sont des incarnations du dieu Ebisu ; et le fait que les embarcations utilisées dans le sud-ouest du Japon ne sont généralement pas adaptées aux conditions maritimes du nord.

L’autre piste est celle de l’amélioration des techniques de chasse. Ainsi des filets plus grands vont faire leur apparition dans la région du Saikai puis dans la province de Tosa à partir des années 1850. Ces grands filets sont utilisés dans des zones où la mer est plus profonde et sont destinés à permettre la capture des baleinoptères à la place des baleines franches qui sont devenues rares. De même, dans les années 1870-1880, les chasseurs japonais vont essayer d’intégrer l’utilisation de canons projetant des harpons explosifs, appelés bomb-lance et développés par les Anglais et Américains, à leurs méthodes de chasse traditionnelles. Ces armes étant cependant dangereuses et difficiles à employer, leur introduction n’aura que peu d’effet.

Malgré les succès plus ou moins grands de ces tentatives d’adaptation des méthodes de chasse au filet, celle-ci reste limitée par son aspect passif et les kujiragumi vont progressivement disparaître dans la seconde moitié du XIXe siècle. La fin de ces groupes de chasse est notamment marquée par la tragédie qui s’est produite le 24 décembre 1878 et lors de laquelle plus d'une centaine de membres du kujiragumi de Taiji ont péri dans une tempête de mer en tentant de capturer une baleine franche accompagnée de son petit.

La deuxième moitié du 19e siècle est également marquée par des tentatives d'introduction des méthodes de chasse baleinières dites "américaines". La plus notable est celle de Nakahama Manjirô 中浜万次郎, également connu sous le nom de John Manjirô, qui fut sauvé par un baleinier américain après un naufrage. Fort de l'expérience et des connaissances qu'il a acquises lors de ses années aux Etats-Unis et de plusieurs campagnes de chasse à la baleine, Manjirô va entreprendre en 1863 une expédition de chasse à la baleine au large des îles Ogasawara en embauchant des harponneurs occidentaux et grâce à un baleinier appartenant à un seigneur de la province d’Echigo, Hirano Renzô 平野廉蔵. Malgré la capture de deux cachalots, les techniques de chasse américaines ne prendront pas racine au Japon et il faudra attendre la fin du 19e siècle et l'apparition du canon lance-harpons pour que la chasse à la baleine reprenne son essor dans ce pays.

A suivre...
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samedi, janvier 26, 2008

Documentaire : Une nuance de baleine plus verte ?

Je viens de trouver un documentaire réalisé en 2001 par Michael Heazle sur la Commission baleinière internationale (CBI), "A Greener Shade of Whale ?". Il me semble bien expliquer l'évolution de la gestion de la chasse à la baleine à travers le 20e siècle et l'actuelle impasse dans laquelle se trouve cette organisation internationale.

Le documentaire est en anglais et dure environ 52 minutes.



Liste des intervenants (dans l'ordre d'apparition):
Cassandra Phillips - Conseillère politique WWF
Richard Cowan - Commissaire du Royaume-Uni à la CBI
Pr. Doug Butterworth - Membre du comité scientifique de la CBI / Université du Cap
Dr. John Hutton - Université de Cambridge / Directeur du Africa Resources Trust
Ben White - Animal Welfare Institute
Tokuko Onishi - Restauratrice à Osaka
Iwao Isone - Proprétaire de bateau de chasse côtière aux petits cétacés à Taiji
Ray Gambell - Ancien secrétaire et membre du comité scientifique de la CBI
Greg Donovan - Editeur scientifique de la CBI
Justin Cooke - Membre du comité scientifique de la CBI et représentant de l'Union mondiale pour la conservation
Thomas Althuas - Commissaire de la Suisse à la CBI
Michael Canny - Commissaire de l'Eire à la CBI
Joji Morishita - Directeur délégué de la division des pêches pélagiques du Japon
Jim McLay - Commissaire assistant de la Nouvelle Zélande à la CBI
Pr. Lars Walløe - Membre du comité scientifique de la CBI / Université d'Oslo
Dr. Sydney Holt - Ancien membre du comité scientifique de la CBI / conseiller IFAW
Pr. William Aron - Ancien commissaire des Etats-Unis et membre du comité scientifique de la CBI
Dr. John Bannister - Membre du comité scientifique de la CBI et ancien directeur du Western Australia Museum
Dan Goodman - Conseiller à l'Institut japonais de recherche sur les cétacés et ancien conseiller au ministère canadien des Pêches et des Océans
Robert Hill - Ministre australien de l'Environnement et du Patrimoine
Stefan Asmundsson - Commissaire de l'Islande à la CBI
Eugène Lapointe - Ancien secrétaire général de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction)
Dr. Seiji Ohsumi - Membre du comité scientifique de la CBI et directeur général de l'Institut japonais de recherche sur les cétacés
Frank Future - Cetaceans Australia
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mardi, janvier 15, 2008

Sea Shepherd aborde illégalement un navire japonais

Depuis quelques jours, le navire de Greenpeace, l'Esperanza poursuit le navire-usine japonais, le Nisshin-maru. Bien que l'ONG se félicite d'avoir "chassé" le navire japonais hors de la zone de recherche, il semble que la poursuite menée à toute allure depuis trois jours coûte beaucoup en carburant à l'Esperanza et que ce dernier risque d'être forcé de se diriger vers le port le plus proche pour ravitailler.

Aujourd'hui, la Cour fédérale australienne a émis une injonction ordonnant aux navires de la compagnie japonaise Kyôdô Senpaku de cesser immédiatement ces activités dans le sanctuaire baleinier australien. Cette action a été initiée par l'ONG Human Society International (HSI). Le sanctuaire australien dont il est question a été créé en 2000 et certains pensent qu'il s'étend aux eaux se trouvant à 200 miles nautiques du territoire en Antarctique que l'Australie revendique.
Toutefois, le Traité pour l'Antarctique (1961), signé par l'Australie et le Japon entre autres, gêle les revendications territoriales sur cette partie de la planète. Le Japon ne reconnaissant pas les revendications australiennes, ils n'est pas touché par ce sanctuaire.
Par conséquent, cette injonction n'a aucune validité hors du territoire australien et n'est donc que symbolique. En fait, elle met plutôt le gouvernement australien sous pression, puisqu'il ne peut en aucun cas la mettre en pratique.
(Concernant le sanctuaire de l'océan Austral adopté par la CBI en 1994, le Japon a déposé une objection à l'encontre de cette mesure et n'est donc pas touché par celle-ci)

Il y a quelques heures, l'ONG extrémiste Sea Shepherd, déjà responsable d'actions dangereuses l'année dernière, a annoncé avoir découvert les autres navires de la flotte de recherche japonaise. Des zodiacs ont visiblement été lancé depuis le Steve Irwin, le bateau de Sea Shepherd, pour endommager l'hélice de l'un des baleiniers japonais, le Yûshin-maru No.2.
A ce moment, deux activistes de cette ONG, un Britannique et un Australien sont apparemment monté illégalement sur le navire japonais, et ont par conséquent été arrêté par les marins du Yûshin-maru No.2.
La version du président de Sea Shepherd, le Canadien Paul Watson, fait état de deux de ses membres d'équipage étant retenus en otages par les Japonais, mais de toute évidence, la responsabilité incombe aux gens de cette ONG.

Je tiendrai cette article à jour au fur et à mesure que les conséquences de cet abordage s'éclaircissent.

Mise à jour (15 janvier 2008, 22h30 heure japonaise) :
L'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) qui conduit le programme de recherche scientifique dans l'Antarctique (JARPA2) vient juste de publier un communiqué de presse et des photos de l'incident sur son site. Il y est également expliqué que les deux activistes de Sea Shepherd ont lancé des bouteilles de verre contenant de l'acide butyrique ainsi qu'une autre substance non encore identifiée.
Contrairement à ce que Paul Watson a déclaré, les deux hommes sont gardés à vue dans un bureau du Yûshin-maru No.2, et non ligoté au mât du navire japonais.

Mise à jour 2 (17 janvier 2008, 18h00 heure japonaise) :
Concernant les deux activistes de Sea Shepherd qui sont monté illégalement sur le baleinier japonais Yûshin-maru No.2, il semble que le gouvernement australien a négocié leur libération avec les autorités japonaises. Toutefois, l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) a posé comme condition à Sea Shepherd que ces derniers n'attaquent pas le navire nippon lors du transfert des deux hommes. Le président de l'ONG, Paul Watson ayant refusé cette condition, les deux hommes sont encore gardés à vue sur le Yûshin-maru No.2 et il est fort probable qu'à la demande de l'ICR, un navire australien, sans doute l'Oceanic Viking, viennent récupérer les deux activistes.

Le Professeur Sam Bateman, spécialiste australien en droit maritime, a déclaré que les deux membres de Sea Shepherd avaient commis un acte de piraterie et que les Japonais avaient par conséquent tout à fait le droit de les garder en détention.

Selon l'ICR, les deux hommes sont bien traités et se sont vu servir les mêmes repas que les membres d'équipage japonais, bien qu'ils aient refusé de manger toute nourriture d'origine animale. En outre, les deux activistes de Sea Shepherd avaient des sacs à dos contenant des vêtements de rechange et autres effets lorsqu'ils sont montés illégalement à bord du Yûshin-maru No.2, laissant présumer qu'ils avaient l'intention dès le début de rester à bord du baleinier japonais. Il est donc fort probable que cet abordage a été prémédité par Sea Shepherd pour obtenir l'attention des médias et ainsi se faire de la publicité. (Photo: ICR)

Mise à jour 3 (18 janvier 2008, 9h00 heure japonaise) :
Les deux activistes de l'ONG anti baleinière Sea Shepherd qui étaient montés illégalement à bord du baleinier japonais Yûshin-maru No.2 ont été remis aujourd'hui au navire des douanes australiennes Oceanic Viking.

Mise à jour 4 (18 janvier 2008, 19h15 heure japonaise) :
Les deux membres de Sea Shepherd sont retournés sur le navire de cette ONG, le Steve Irwin. Sea Shepherd a de nouveau attaqué un navire de la flotte japonaise, le Yûshin-maru No.3.
L'Institut japonais de recherche sur les cétacés a aujourd'hui rendu publiques des vidéos montrant l'attaque du Yûshin-maru No.2 par les activistes de Sea Shepherd le 15 janvier dernier. Voici l'une des deux vidéos :



On peut y constater que les hommes à bord du zodiac de Sea Shepherd lancent des objets en direction du baleinier japonais (d'où la scène est filmée). Il s'agit de bouteilles en verre contenant de l'acide butyrique.
D'autres vidéos démontrant les activités illégales de Sea Shepherd et les mensonges de Paul Watson sont disponibles ici.
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samedi, janvier 12, 2008

Greenpeace localise la flotte japonaise en Antarctique

Bien qu'il ne ce soit pas passé grand chose ces derniers jours, il y a eu beaucoup d'articles dans les médias australiens et anglophones à propos du programme de recherche japonaise sur les cétacés en Antarctique.

Tout d'abord, le nouveau gouvernement travailliste australien a été vivement critiqué lorsqu'il s'est avéré que ni le navire des douanes, ni l'avion de reconnaissance n'avaient pris leur départ vers l'Antarctique pour surveiller les activités de la flotte japonaise. Ce n'est finalement que mardi dernier (le 8 janvier) que l'Oceanic Viking a quitté le port de Fremantle. Il lui faudra au moins une semaine pour atteindre la zone où les navires du programme JARPA2 effectuent leurs activités.

Un autre sujet de critique et coup dur pour la crédibilité du gouvernement de Kevin Rudd est l'annonce que le programme de recherche australien sur les cétacés en Antarctique a été annulé pour cette saison. L'objectif était de survoler à basse altitude les eaux au large du continent antarctique avec des avions pour comptabiliser les rorquals de Minke et ainsi démontrer que la recherche sur les cétacés pouvait se faire sans tuer d'animaux. L'annulation est, semble-t'il, due à un retard dans l'obtention de l'autorisation de survoler la zone de recherche.
Cependant, on est en droit de se demander pourquoi les gouvernement australiens n'ont jamais lancé ce genre de programmes de recherche sur les cétacés depuis les quelques vingt ans que le Japon conduit les siens en Antarctique. Les politiciens australiens oublient également de préciser que les programmes japonais comportent également la collecte de données par le biais de de méthodes dites non létales et que deux des six navires de la flotte JARPA2 sont des bateaux d'observation.

Une information est passée complètement inaperçue le mois dernier. C'est le départ depuis le port australien de Fremantle d'un navire affrété pour les programmes de recherche sur les cétacés (IDCR/SOWER) de la Commission baleinière internationale. Ce navire et son équipage sont mis à la disposition de la CBI par le gouvernement du Japon. L'objectif de la recherche entreprise par le Comité scientifique de la CBI et à laquelle participe une équipe de chercheurs internationales (dont des scientifiques japonais) est d'observer les cétacés en Antarctique pour en établir les populations. Quand on considère que, malgré leur proximité de la zone de recherche, les gouvernements australien et néozélandais ne contribue que peu à cette recherche sur les cétacés, on peut se dire qu'il ne se sentent pas très concernés par les travaux de la CBI.

La publication sur Youtube d'une vidéo critiquant l'Australie pour son traitement des dingos et des kangourous d'une part, et de la chasse à la baleine japonaise d'autre part, a fait beaucoup de remous dans ce premier pays. Le gouvernement australien a dénoncé cette vidéo d'environ 10 minutes comme étant une tentative des baleiniers japonais de forcer le gouvernement de Kevin Rudd à changer sa position sur la question de la chasse à la baleine.
C'est beaucoup de bruit pour pas grand chose, mais personnellement, je trouve cette vidéo de mauvais goût et condamne encore plus les messages racistes qui ont été postés à sa suite sur Youtube. La chasse à la baleine est devenue un problème où les émotions prennent le dessus sur la reflexion et le dialogue entre les parties. Le gouvernement de Kevin Rudd a d'ailleurs lui-aussi sa part de responsabilité puisque certains de ses membres ont qualifié la chasse à la baleine de "pratique insensée et brutale". J'imagine que les chasseurs de baleines inuits et tchoukotki apprécieront le commentaire.


Finalement, comme l'indique le titre, le navire que Greenpeace a envoyé en Antarctique, l'Esperanza a réussi à localiser la flotte japonaise dans la nuit du 11 au 12 janvier. On peut donc s'attendre aux même actions de protestation dangereuses qu'il y a deux ans lors desquelles un navire de cette ONG avait provoqué, entre autres, une collision avec le navire-usine japonais Nisshin-maru. Cependant, les actions de Greenpeace ne permettront probablement pas de sauver la moindre baleine comme il le prétendent, mais ont plutôt pour but de recueillir des images pour de futures campagnes médiatiques.
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samedi, janvier 05, 2008

"Kujiragami", la chasse à la baleine à Ikitsuki

Pour illustrer ce que j'ai dit dans "L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 4" et sur l'organisation des kujiragumi, je vous propose un autre article du Yomiuri shinbun daté d'octobre 2004.

"
Kujiragami" - Ikitsuki, département de Nagasaki
Yomiuri, le 15 octobre 2004

Kujiragami
Œuvre de Uno Kôichirô (1934-), lauréat du 46e prix de littérature Akutagawa (1961). Une jeune homme dont le grand-père, le père et le frère aîné ont été tués par une gigantesque baleine appelée "kujiragami" (la baleine-dieu), affronte cette créature à plusieurs reprises.

La base d'opération du kujiragumi qui a capturé 20.000 baleines

Le typhon qui approche assombrit les eaux bleu foncé et agite violemment la surface de la mer. Près des pêcheurs qui retendent les amarres de leurs bateaux, un chat court se réfugier vers un camion garé dans le port.

Uno Kôichirô est un auteur lauréat du prix Akutagawa. L'œuvre qui lui a permis de remporter ce prix est Kujiragami. J'ai visité l'île d'Ikitsuki où prend place cette histoire acharnée de trois générations de baleiniers.

Du milieu de la période d'Edo au début de l'ère Meiji, le plus important kujiragumi du Japon, le clan Masutomi était basé ici. Les kujiragumi sont pour ainsi dire des organisations de pêche. Le clan Masutomi avait également créé des bases sur l'île d'Iki, sur les îles Gotô, à Yobuko (département de Saga) et à Senzaki (département de Yamaguchi). A son apogée, il comptait quelques 3000 baleiniers et 200 bateaux. Il aurait capturé en tout plus de 20.000 baleines jusqu'à la fin de ses activités.

La baie de "Wada sur l'île de Hirado, dans la province de Hizen" qui apparait dans Kujiragami, n'existe pas en réalité. Il existe néanmoins un port baleinier du nom de Wada-ura dans le département de Chiba.

"Il s'agit sans doute d'un lieu imaginaire créé en mélangeant Wada et Ikitsuki".

C'est l'hypothèse qu'émet Nakazono Shigeo, conservateur au musée municipal d'Ikitsuki, Shima no Yakata, qui se trouve sur une coline surplombant la mer.

Ouvert il y a neuf ans, le musée présente l'histoire baleinière de la ville en exposant écrits, outils de chasse et panneaux.

Respect pour les "isanatori" (baleiniers)

Outre Kujiragami, il existe un autre roman qui s'inspire de la chasse à la baleine à Ikitsuki. C'est Isanatori de Kôda Rohan (1867-1947).

"Je n'ai jamais entendu dire que Rohan ou Uno s'étaient rendu à Ikitsuki. Il est probable qu'ils aient écrit leurs œuvres en se basant sur des rouleaux peints".

(Photo : La chasse côtière à la baleine a longtemps été pratiquée près de Hirado (photo du début de l'ère Shôwa - crédit : Ville d'Ikitsuki).)

Le musée détient le rouleau peint intitulé Isanatori ekotoba (1829) datant de la fin de la période d'Edo.

Il s'agit de vingt-deux estampes représentant la chasse à la baleine du clan Masutomi. Les espèces de baleines et la façon de les dépecer y sont décrites en détail. On aurait retrouvé que quatre ou cinq exemplaires de cet ouvrage au Japon.

Les baleines harponnées et prises dans les filets, les bateaux à bords desquels se trouvent des hommes. Les baleines remorquées vers la côte puis dépecées, le bord de mer où s'affairent les hommes. Les gigantesques baleines et les hommes qui à côté ressemblent à des fourmis.

"La mer est agitée comme lors d'une tempête du fait du monstre qui se débat et se retourne sur lui-même. Tout en étant balancées presqu'au point de chavirer, les baleinières lancent tour à tour leurs harpons contre le mur noir qui se dresse face à eux, et bientôt, d'épais caillots de sang se mêlent à la pluie qui coule à verses".

C'est ainsi qu'Uno décrit la violence de la chasse dans Kujiragami.

"Six cents baleiniers poursuivaient une baleine. Ils la chassaient vers les filets déployés en trois épaisseurs et lançaient leurs harpons les uns après les autres. Lorsque l'animal était quasiment mort, un leader appelé "hazashi" plongeait et montait sur le dos de la baleine, puis en perforait évent pour y faire passer une corde", explique M. Nakazono.

Lorsque l’on songee à ces combats frénétiques entre baleines et humains, on ne peut que ressentir qu'un profond respect pour ces hommes bien sûr, mais aussi pour les baleines.

Des chrétiens cachés également

En marchant un peu le long d’un chemin en pente depuis le port de pêche, on trouve une imposante demeure entourée d’un mur en pierre. Il s’agit de la maison bâtit en 1848 où les chefs du clan Masutomi ont résidé de génération en génération.

(Photo : Maison des Masutomi, héritiers des techniques de chasse baleinière.)

En septembre de cette année (ndt : 2004), cette demeure a fait l’objet d’un rapport et devrait être prochainement enregistré au patrimoine culturel tangible national. M. Masutomi Tetsurô (68 ans) qui réside actuellement à Fukuoka, retourne occasionnellement dans cette maison. Il était présent le jour où je me suis rendu à Ikitsuki.

Les Masutomi ont occupé la fonction de dirigeant du kujiragumi durant sept générations depuis la période d’Edo. M. Masutomi Tetsurô fait partie de la onzième génération, soit quatre générations après le dernier dirigeant.

"Il y avait de nombreux chrétiens dans le kujiragumi, mais les autorités étaient indulgentes car leur oppression aurait nuit à la capture des baleines et donc aux revenus du fief de Hirado. Ce genre de circonstances expliquent en partie l’existence des chrétiens cachés."

Shaki, le personnage principal de Kujiragami se prosterne devant le sanctuaire où est célébré le dieu des océans. Toutefois, une statuette de la Vierge Marie y était conservée.

M. Masutomi est le président de l’Association de préservation des chants baleiniers d’Ikitsuki.

-Iwai medeta no Wakamatsu-sama yo / Eda mo sakaete ha mo shigeru / Sankokuichi ja / O-iwaitori sumaso -

Il continue d’enseigner les anciens chants aux enfants d’Ikitsuki. "Cependant, il n’y a plus de danse. Il ne reste plus personne qui les connaît aujourd'hui", explique M. Masutomi.

La plage où se trouvait les ateliers de dépeçage et l’endroit où on faisait sécher les filets, est devenue un lieu de baignade. Petit à petit, une culture s’érode. (Kido Takashi)


*****************Fin de l'article*********************

Commentaires personnels :
- Tout comme l'indique l'article, le clan Masutomi 益冨組 était la plus grande organisation de chasse à la baleine du Japon à la période d'Edo. Il dirigeait en réalité plusieurs groupes (kujiragumi) œuvrant en divers endroit de la région du Saikai (Nord-ouest de l'île de Kyûshû et Ouest de celle de Honshû). Les activités du clan Masutomi dépassait les frontières du fief (han 藩) de Hirado où se situait le siège du clan. J'ai d'ailleurs commencé de lire un livre à ce sujet, Hansai hogei-gyô no tenkai - Saikai hogei to Masutomi-gumi 藩際捕鯨業の展開-西海捕鯨と益冨組 (2004) de Sueta Tomoki. J'essaierai d'en faire un résumé à l'occasion.

- La résidence des Masutomi a été enregistrée au patrimoine culture tangible national (japonais) le 29 novembre 2004. Les bâtiments enregistrés sont la demeure principale (omoya 主屋), la salle de réception (zashiki 座敷), le sanctuaire Ebisu-jinja 恵美須神社 et la porte Onari-mon 御成門.

- L'article mentionne les chrétiens cachés (kakure-kirishitan 隠れキリシタン) qui semble-t'il, étaient nombreux dans les îlots du Nord-ouest de Kyûshû, notamment Ikitsuki et les îles Gotô. Le musée Shima no yakata évoqué dans l'article présente également l'histoire et la culture des chrétiens cachés. Ne maîtrisant pas ce sujet, je me garde de faire tout commentaire sur les kakure-kirishitan, mais si un lecteur dispose d'informations sur ce que M. Masutomi Tetsurô dit quant au rôle de ces chrétiens dans les kujiragumi, je suis preneur.

- Je n'ai pas encore eu l'occasion de me rendre à Ikitsuki, mais cette une région que j'aimerais vraiment visiter, ne serait-ce pour assister à une représentation de chants baleiniers de l'Association de préservation des chants baleiniers d’Ikitsuki (Ikitsuki isanatori-uta hozon-kai 生月勇魚捕唄保存会). Si cela se réalise, je mettrai une vidéo de ces chants.

- L'ouvrage dont il est fait mention dans l'article, l'Isanatori ekotoba 勇魚取絵詞, a été réalisé par le clan Masutomi. Les illustrations que j'ai utilisé pour présenter l'organisation des kujiragumi proviennent de cet ouvrage. L'Association baleinière du Japon (Japan Whaling Association) et l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (Institute of Cetacean Research) ont publié un livret illustré à ce sujet en 2004.

Mise à jour (29 février 2008) :
Selon le quotidien japonais Mainichi, la préfecture de Nagasaki aurait désigné la demeure des Masutomi en tant que patrimoine culturel.
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mardi, janvier 01, 2008

Le Japon suspend la capture des baleines à bosse

Tout d'abord, je tiens à souhaiter une très bonne et heureuse année 2008 à tous mes lecteurs. C'est la troisième année pour ce blog et j'espère pouvoir continuer d'y apporter des informations sur l'histoire de la chasse à la baleine au Japon et sur les coutumes héritées de cette pratique dans l'archipel, tout en commentant l'actualité baleinière.

Pour l'instant, je tiens à faire à le tour des événements qui se sont déroulés récemment quant à la 3e campagne du programme de recherche japonais sur les cétacés en Antarctique (JARPA2).

Le départ des navires s'est fait les 14 et 18 novembre derniers depuis les ports de Shiogama et de Shiminoseki. La flotte est composées de 6 bateaux : un navire-usine (Nisshin-maru), trois baleiniers (Yûshin-maru 1, 2 et 3) et navires d'observation (Kyôshin-maru 2 et Kaikô-maru).
Le programme JARPA2 a pour objectifs (1) le monitorage de l'écosystème de l'Antarctique, (2) la construction d'un modèle de concurrence entre espèces de cétacés (3) l'élucidation des changements spatio-temporels dans la structure des populations et (4) l'amélioration de la procédure de gestion des populations de rorquals de Minke antarctiques (balaenoptera bonaerensis).
Outre la capture de 850 (+/- 10%) rorquals de Minke antarctiques, 50 rorquals communs et 50 baleines à bosse, ce programme prévoit également la collecte de données par le biais de méthodes dites non-létales telles que l'observation des baleines ou les prélévements par biopsie. Le retour de la flotte au Japon est prévu à la mi-avril.

En fait, le Japon a récémment suspendu la capture de 50 baleines à bosse dans le cadre du programme JARPA2. Contrairement à ce qui a pu être annoncé dans les médias occidentaux ou par des ONG opposées à la chasse baleinière, cette décision du Japon n'est pas due aux protestations des pays anti-chasse comme l'Australie, mais le résultats de négociations entre le président actuel de la CBI, l'Américain William Hogarth et l'Agence japonaise pour les pêches. M. Hogarth aurait demandé au Japon de ne pas prélever de baleines à bosse durant les une ou deux années qui viennent et durant lesquelles il va s'efforcer de normaliser la CBI et de la ramener à son mandat qui est "de permettre la conservation des cétacés pour rendre possible le développement ordonné de l'industrie baleinière". Des discussions à ce sujet doivent avoir lieu en mars prochain à Londres.

Le gouvernement australien a envoyé un navire des douanes, l'Oceanic Viking, dans l'océan Austral pour monitorer les activités de la flotte japonaise. De même, un Airbus A319 de la Division de recherche sur l'Antarctique pourrait surveiller les navires nippons depuis le ciel afin de mettre la pression sur le Japon pour qu'il abandonne son programme de recherche sur les cétacés en Antarctique. Le gouvernement australien a cependant refusé de dire si l'Oceanic Viking ou l'A319 étaient entrés en contact avec les bateaux japonais.

Récemment, un écologiste australien renommé, le Professeur Tim Flannery de l'Australian Museum de Sydney aurait déclaré que la capture de 935 rorquals de Minke antarctiques par le Japon ne devrait pas poser de problème pour cette population de cétacés. Tim Flannery, élu Australien de l'année 2007 et scientifique émérite, aurait ajouté qu'il y avait de bien plus importants problèmes que celui de la chasse des rorquals de Minke par les Japonais. Cette déclaration semble faire du remou parmi les opposants à la chasse à la baleine.

Mise à jour (2 janvier 2008) :
J'ai trouvé des informations complémentaires sur Tim Flannery. En 2003, il aurait publié un article intitulé Beautiful Lies - Population and Environment in Australia pour la revue Quaterly Essay. Dans cet article, Flannery critique le mouvement anti-chasse à la baleine, estimant que ce dernier "bloque la développement d'une industrie durable basée sur la chasse des baleines et donc la bonne gestion de ressources marines".
Il ajoute que selon lui, "les Japonais ont raison et qu'ils essayent en fait de créer une industrie baleinière durable".

En avril 2003, lors d'une interview pour la station de radio australienne ABC, il aurait également souligné : "la question d'arrêter la chasse à la baleine n'a plus réellement de fondements écologiques actuellement. Les gens investissent beaucoup de temps et d'énergie à protéger les baleines contre la chasse, ce qui n'a quasiment aucun retour sur le plan de l'environnement."

Mise à jour (4 janvier 2008) :
Il semble que le navire des douanes et l'avion que le gouvernement avait annoncé vouloir envoyer en Antarctique pour surveiller les activités de la flotte baleinière japonaise, ne soient pas encore partis si l'on en croit cette article d'un quotidien australien. Apparemment, l'Airbus A-319 a besoin d'une autorisation de la CASA (Civil Aviation Safety Authority) pour effectuer des vols de surveillance. L'Oceanic Viking ne partira probablement pas tant que la flotte japonaise n'aura pas été localisée par l'avion.
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dimanche, décembre 30, 2007

L'organisation des kujiragumi - 2

Je vais poursuivre la description de l'organisation du travail des kujiragumi que j'avais commencée en avril dernier.

Une fois que la baleine a été remorquée vers la station de dépeçage appelée nayaba 納屋場, elle est hissée sur la côte à l'aide de cordes et de treuils dits rokuro 轆轤 opérés par une vingtaine d'hommes. Ces treuils servent également à détacher les morceaux de lard et de viande que les écorcheurs spécialisés (uokiri 魚切り) découpent à l'aide de tranchoirs à manche long (image 1). Ces blocs sont ensuite réduits en morceaux plus petits et transportés vers des ateliers appelés naya 納屋.

Il existe plusieurs types de naya, chacun ayant des fonctions différentes. Ainsi le ônaya 大納屋 sert pour le traitement de la viande et du lard, le konaya 小納屋 pour celui des petits morceaux comme les nageoires ou la chair attachée aux os (image 2), ou encore le honenaya 骨納屋 où sont réduits et fondus les os pour extraire l'huile. Un aspect important du dépeçage et de la transformation des produits est l'utilisation optimale des ressources extraites des carcasses des baleines.
Ainsi, la viande est salée pour permettre sa conservation dans le but de l'alimentation ; le blanc de baleine est fondu dans des fondoirs (kama 釜) afin d'en extraire l'huile ; les organes sont soit destinés à la consommation, soit transformés en huile ; les os sont eux aussi réduits et transformés en huile ; les tendons et les fanons sont nettoyés et serviront pour diverses formes d’artisanat. Une partie de ces tâches, notamment celles les plus simples sont confiées à des journaliers appartenant généralement au village où a lieu le dépeçage.

Tous ces produits sont ensuite vendus à des marchands (ton.ya 問屋) qui se chargent de les transporter et de les vendre dans les grands centres économiques de l'époque d'Edo. Une partie de la chair ou du lard était toutefois distribuée aux membres du kujiragumi, les morceaux et les quantités dépendant de leur statut. Des offices religieux (kuyô 供養) était également organisés pour le repos des âmes des baleines capturées. De même, il était de coutume que les harponneurs (hazashi) se réunissent dans la demeure du dirigeant, le kuminushi 組み主, à diverses occasions pour danser et chanter (image 3). Ces chants et danses apparaissent encore de nos jours lors de fêtes comme celles d'Arikawa et de Muroto.

A la fin de la saison de chasse, aux alentours du mois de mai, les dirigeants font leurs comptes et le groupe se sépare. Notons que certains kujiragumi, notamment dans la région du Saikai (nord-ouest de Kyûshû), changeaient de lieu de chasse au cours de la saison. Cela impliquait le déplacement du nayaba qu'il fallait démonter puis remonter.
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samedi, novembre 17, 2007

Petit point sur l'actualité baleinière

Alors que malgré un soit disant report, la campagne de chasse scientifique japonaise en Antarctique ne devrait pas tarder à débuter avec le prochain départ de la flotte du Nisshin-maru depuis le port de Shimonoseki, il est intéressant de se pencher sur ce qui a été dit ou écrit ces derniers jours à ce sujet aux quatre coins du monde.

Commencons par le Japon où le programme de recherche relatif aux rorquals de Minke (Balaenoptera acutorostrata) au large du port de Kushiro (département de Hokkaidô) s'est terminé à la fin du mois dernier. Ce programme prévoit la capture annuelle de 60 animaux dans un rayon de 50 miles nautiques autour de Kushiro, notamment pour étudier le régime alimentaire du petit rorqual et sa place dans l'écosysteme nord pacifique.
Selon le quotidien Mainichi, les quatre baleiniers n'ont réussi qu'à capturer 50 rorquals du fait de mauvaises conditions climatiques qui ont obligé les navires à rester au port pendant un tiers de la période de recherche (qui allait du 10 septembre au 31 octobre).
Toutefois, les premiers résultats de ce programme aurait mis en avant le fait que les préférences alimentaires des rorquals de Minke évoluent en fonction de leur âge. Ainsi, les jeunes rorquals n'ayant pas atteint l'âge adulte (moins de 6 mètres) se nourriraient principalement de colin d'Alaska (Theragra chalcogramma), alors que les animaux adultes se nourriraient surtout d'anchois japonais (Engraulis japonica). A ce sujet, le professeur Katô Hidehiro de l'Université de Science et de Technologie marine de Tôkyô, qui dirige ces recherches a émis l'hypothèse selon laquelle les rorquals de Minke pourraient migrer selon des routes différentes en fonction de l'évolution de leurs préferences alimentaires au cours de leur vie.
Les résultats de ce programme seront examinés à l'automne prochain lors d'une réunion de revue de la CBI que le Japon souhaite organiser sur son sol.

Toujours au Japon, de la viande de baleine frite (tatsuta-age) a été servie lors de repas scolaires le 8 novembre dernier dans la ville de Nagato (département de Yamaguchi). Cette région où la chasse à la baleine a connu son essor durant la période d'Edo, conserve encore de nos jours de nombreux patrimoines culturels tels que des stèles funéraires dédiées aux cétacés et des chants baleiniers hérités de cette pratique.
De même, la consommation de viande de baleine y était très répandue jusqu'à ce que le moratoire sur la chasse à la baleine entre en vigueur en 1987. De crainte que cette coutume alimentaire ne disparaisse, l'Association pour la transmission de la culture culinaire baleinière de Nagato - Ôtsu a été créée en 2002 à l'occasion de la tenue de la réunion plénière de la CBI à Shimonoseki, dans le même département.
Le Mainichi explique que les collectivites locales telles que Nagato peuvent acheter de la viande de baleine à l'Institut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) pour un tiers du prix habituel. Selon le même institut, la quanité de viande utilisée pour les repas scolaires aurait été de 160 tonnes l'année dernière, marquant une progression annuelle de 20 pourcents.
La viande de baleine a la qualité d'offrir une importante source de proteines animales pour une faible teneur en graisses et cholestérol comparée aux autres viandes (bœuf, porc, poulet).

En Australie, à quelques jours des élections législatives qui doivent se tenir le 24 novembre prochain, la question de la chasse à la baleine est devenue l'un des enjeux de la bataille électorale entre le parti conservateur au pouvoir et les travaillistes. Ceci s'explique par le fait que ce pays est un ardent opposant de la chasse baleinière et que l'industrie du tourisme baleinier (whale-watching) est y est très lucrative.
Le leader du parti travailliste, Kevin Rudd aurait déclaré son intention d'envoyer un navire de la marine pour surveiller, voire stopper les opérations de la flotte baleinière japonaise en Antarctique. Bien que les conservateurs soient également farouchement opposés à la chasse à la baleine, ils sont contre la proposition de M. Rudd.
Outre le fait que le Japon est un important partenaire économique de l'Australie, l'envoi de navires de l'armée dans la zone du Traité pour l'Antarctique serait une infraction à ce même traité. L'Australie violerait donc ainsi le droit international alors que les opérations de chasse scientifique japonaises sont tout à fait en accord avec la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine.
Par ailleurs, le Traite pour l'Antarctique gèle les revendications territoriales, ce qui fait que le Japon ne reconnaît pas celles de l'Australie sur une partie du continent antarctique. Le sanctuaire baleinier que les Australiens ont mis en place dans leurs zone d'exclusivité économique en 1999 n'est donc pas valable dans cette partie du monde.

Le groupe de presse australien ABC a récemment publié un article dans lequel il est dit que les chercheurs de ce pays ont développé ou seraient sur le point de mettre au point une technique permettant de déterminer l'âge des baleines à l'aide de bouts de peau qu'elles laissent en faisant des bonds (breaching) hors de l'eau. L'article est en fait assez vague et laisse plutôt comprendre que cette technique ne permet pour l'instant que de savoir si l'on a affaire à un jeune ou à un adulte. Le Professeur Peter Harrison de l'Université de Southern Cross déclare qu' "il est préférable de savoir approximativement l'âge d'une baleine vivante plutôt que l'âge exact d'une baleine morte". A cela, le directeur général de l'ICR (Institut japonais de recherche sur les cétacés), Morimoto Minoru répond qu' "il est de la plus grande importance d'obtenir les meilleures données scientifiques possibles pour assurer un régime de gestion robuste et durable de la chasse baleinière commerciale".
En fait, les deux parties s'opposent sur la finalité des recherches conduites. D'un côté, l'Australie s'oppose à la chasse baleinière et donc à la collecte de données par le biais de méthodes dites létales. De l'autre, le Japon cherche à obtenir des informations précises à l'aide de techniques létales et non-létales afin de permettre la reprise d'une chasse à la baleine commerciale de manière réglementée et durable.

Dans le même article, Mick McIntyre de l'IFAW (Fond international pour les animaux) déclare que "les baleiniers vont se concentrer sur les plus grosses baleines, qui dans le cas des baleines à bosse sont les femelles en âge de se reproduire". Ceci est on ne peut plus faux. Les animaux capturés dans le cadre des programmes de recherche scientifique japonais sont déterminés de manière aléatoire de façon à obtenir les données les plus fiables statistiquement. C'est pour cela que des rorquals de Minke de moins de 6 mètres (n'ayant pas atteint l'âge adulte) ont été capturés dans le cadre des recherches menées au large de Kushiro (voir plus haut)
Ce responsable de l'IFAW fait donc sciemment de la désinformation pour provoquer une réaction de dégoût chez les gens.

L'opposition devrait devenir de plus en plus forte dans les semaines qui viennent. L'ONG Greenpeace a d'ores et déjà déclaré qu'elle traquerait la flotte japonaise depuis les côtes nipponnes avec l'un de ses navires, l'Esperanza.
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samedi, septembre 01, 2007

Chasse à la baleine et tourisme baleinier

Comme je l'ai déjà évoqué précédemment, il existe de nombreux exemples démontrant que chasse à la baleine et tourisme baleinier (whale-watching) peuvent tout à fait cohabiter, voire même coopérer. Un article intéréssant sur ce sujet avait d'ailleurs été rédigé par Segi Shio pour le bulletin de la CPS (Secrétariat général de la Communauté du Pacifique) en 2003. Toutefois, les opposants à la chasse à la baleine clament sans cesse que le tourisme baleinier est la seule manière d' "exploiter" les ressources baleinières de façon durable.

Le 24 août dernier, plusieurs bateaux d'éco-tourisme sont tombés par hasard sur un baleinier en opération au large du port de Rausu, situé sur la péninsule du Shiretoko (Hokkaido, nord du Japon), site inscrit au patrimoine mondial naturel de l'UNESCO en 2005. L'événement qui a marqué la conscience des touristes, a été repris par les médias japonais et étrangers (notamment de façon très partiale et erronée ici). Il n'en a guère fallu plus aux anti-chasse tels que Greenpeace Japan pour relancer la polémique sur la coexistence de la chasse à la baleine et du whale-watching.

Cependant, il faut prendre en considération plusieurs choses avant de se laisser entraîner par la rhétorique anti-baleinière. Tout d'abord, la chasse à la baleine est pratiquée dans cette région depuis plusieurs dizaines d'années, soit bien avant le développement de l'éco-tourisme qu'a amené le nouveau statut du Shiretoko en 2005. Le tourisme doit pouvoir se développer sans gêner les activités des pêcheurs de cette région. D'autant plus que la capture de la baleine à bec de Baird a eu lieu en dehors de la zone désignée comme patrimoine mondial naturel.

Ensuite, il semble que ce sont les bateaux d'éco-tourisme qui se sont approchés volontairement du baleinier et de sa proie. Le malaise des passagers est donc plutôt du fait des organisateurs du whale-watching. En outre, la chasse à la baleine est une activité dangereuse et s'approcher du cétacé ou du navire lors de la capture peut être la cause d'un accident. En fait, on est en droit de se demander si le capitaine du bateau de tourisme n'a pas agi délibérément par voyeurisme. C'est un peu comme si un guide touristique emmenait des touristes dans un abattoir parce que la porte était entrouverte.

Finalement, il semble que la mairie de Rausu a joué le rôle d'intermédiaire entre les baleiniers et les organisateurs d'éco-tourisme pour trouver une solution afin que ce genre d'incident ne se reproduise plus et que les deux activités puissent coexister dans cette zone. Cela prouvera une fois de plus que les déclarations des opposants à la chasse à la baleine sur ce sujet sont fausses.

Mise à jour (4 septembre 2007) :
Michel Temman a écrit un article dans Libération sur l'incident. Une fois de plus, il démontre son manque de professionalisme et de sérieux avec des erreurs comme celle-ci : "une baleine à bec de Baird (le plus gros rorqual à bec, de la famille des dauphins: 12 mètres et 10 tonnes en moyenne)". La baleine à bec de Baird n'est pas un rorqual (les rorquals sont des cétacés à fanons!) et n'appartient pas à la famille des dauphins. C'est un odontocète (cétacé à dents) appartenant à la famille des ziphiidés (baleines à bec). En outre, la chasse de cette espèce, qui jusqu'à preuve du contraire, n'est pas en voie de disparition, n'est pas sous la juridiction de la Commission baleinière internationale. Tout ceci pouvait être vérifié facilement sur internet.
L'article en lui-même n'apporte pas grand éclairage, mis à part les vidéos prises par le couple français qui se trouvait à bord du bateau d'éco-tourisme lors de l'incident.
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samedi, août 18, 2007

Rituel des baleinières à Tomida

Je suis allé dans le district de Tomida (ville de Yokkaichi, département de Mie) les 14 et 15 août derniers pour assister à une fête lors de laquelle est présenté un rituel appelé kujirabune gyôji 鯨船行事 (rituel des baleinières). Le matin du premier jour, avait lieu le rituel dit du chinka-sai 鎮火祭 qui consiste à brûler de la paille et de l'encens dans l'enceinte du sanctuaire Toride-jinja 鳥出神社 qui doit permettre de se protéger contre les incendies.

Lorsque ce rituel se termine, les gens des différents quartiers de Tomida se rendent aux depôts où sont rangés des chars en forme de baleinières. Ces derniers sont richement ornés de décorations dorées et les flancs sont peints en rouge et noir et laqués. Il existe quatre de ces chars à Tomida, mais seuls deux d'entre eux participaient à la fête cette année : le Gongen-maru 権現丸 du quartier de Furukawa et le Shintoku-maru 神徳丸 du quartier de Nakajima. De jeunes garçons et filles prennent place à l'avant du char, alors qu'un ou deux jeunes hommes s'installent à l'arrière, sous un toît pour battre du tambour. Un des petits garçons se dresse à la proue pour jouer le rôle du harponneur appelé odoriko 踊り子. Le char est tiré par plusieurs hommes du quartier vêtus de vestes dites happi 法被.

Outre le char, il y a une baleine d'environ trois mètres de long, faite d'une structure de bambou recouverte d'un fin filet. Les fanons de la baleine sont représentés par deux branches de cycas. Cette baleine est transportée par une demi-douzaine de jeunes hommes appelés kujira-kaburi 鯨被り. Ces derniers portent des couvre-épaules noirs et des tabliers blancs où figurent le mot kujira 鯨 (baleine) et le nom de leur quartier. Il y a également une baleine un peu plus petite, maniée par des enfants.

Le 14 août, les chars et les baleines effectuent une parade dans leurs quartiers respectifs, le chô-neri 町練. Lors de cette parade, les chars et les baleines reproduisent plusieurs fois une scène de chasse baleinière. Ce rituel commence par le repérage de la baleine par le char. Le jeune garcon à la proue du char effectue une sorte de danse lors de laquelle il agite ses bras et se contorsionne en arrière de manière répétitive. La chasse commence alors et le char poursuit la baleine jusqu'à ce que cette dernière contre-attaque. Les jeunes gens maniant la baleine effectuent alors une charge vers le bateau tout en poussant des cris, "ya-ya!".

Lorsque la baleine s'écarte du char, celui-ci commence à tanguer. Puis, le rythme du tambour s'accélérant, la chasse reprend. L'odoriko a desormais un harpon à la main et sa gestuelle devient frénétique au fur et à mesure que le char se rapproche de la baleine. Arrive finalement le moment du harponnage : la baleine se dresse près de la proue du bateau et le jeune garcon la frappe de son arme. Pour marquer la réussite de la chasse, les petits garcons et petites filles à bord du char se lèvent et effectuent une petite danse éventail à la main, alors que les gens autour du bateau entonnent un chant. Ce rituel est répété plusieurs fois jusque dans la soirée devant les maisons des habitants du quartier.

Le jour suivant a lieu le miya-neri 宮練, lors duquel le même rituel que la veille est effectué dans l'enceinte du sanctuaire Toride-jinja. Cette fois-ci, la poursuite est plus longue, la baleine s'échappant plusieurs fois avant d'être finalement harponnée. A noter que ce rituel serait apparu il y a un peu plus de 200 ans à Tomida. Il a d'ailleurs été reconnus patrimoine culturel intangible national en 1997 par l'Agence japonaise pour les affaires culturelles. Outre les quatre chars de Tomida, il existe d'autres rituels du meme genre dans le nord de la région d'Ise (la plupart se trouvant dans la ville de Yokkaichi).



Il faut toutefois souligner que la chasse à la baleine ne semble pas avoir été pratiquée dans cette région à la période d'Edo. En fait, les chars utilisés lors de ce rituel ressemblent beaucoup à ceux dits sekibune 関船 ou gozabune 御座船 hérités des daimyôs de la période d'Edo. On trouve d'ailleurs des fêtes de ce genre dans le département de Mie, telle que la sekibune-matsuri 関船祭り de Miyama.
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mercredi, juin 06, 2007

"L'amour des baleines" de Greenpeace - 11

Bien que la série "Whale-Love Wagon" de Greenpeace se soit achevée il y a environ deux mois, cette ONG a fait appel à un animateur japonais pour créer un dessin animé contre la chasse à la baleine au Japon. Ce court-métrage d'animation s'intitule "Man & Whale" ("kôchô-sensei to kujira 校長先生とクジラ" en japonais). Il nous raconte l'histoire d'un directeur d'école qui est hanté par la dette qu'il a envers les baleines qui ont fournis des protéines animales au Japonais lors de la période de disette, au sortir de la guerre. Lorsqu'il voit une baleine échouée sur la plage située non loin de son école, il accourt pour sauver l'animal. Le message de Greenpeace est simple : les baleines nous (Japonais) ont aidé autrefois, à notre tour de les aider. (La traduction en anglais (les sous-titres) est au passage plus qu'approximative)

Je doute que les gens de Greenpeace Japan soit ignorants à ce point, mais ce film ferme tout simplement les yeux sur le fait que les Japonais ont organisé et continuent encore aujourd'hui d'organiser des rituels funéraires en l'honneur des baleines capturées. Celui organisé tous les ans à Nagato (département de Yamaguchi) est l'un des plus connus au Japon. De même, comme je l'ai déjà évoqué, on trouve également des monuments érigés à la mémoire des cétacés en divers lieux du Japon tels qu'à Katsuyama. Ces pratiques expriment la gratitude des habitants des régions baleinières japonaises envers les baleines pour les ressources qu'elles leur ont apportées.

Toutefois, si on prolonge le raisonnement du dessin animé de Greenpeace, il faudrait arrêter de pêcher de nombreuses espèces de poissons car ils nous ont rendu un sacré service depuis des centaines, voire des milliers d'années. En bref, on a là un bel exemple de la réthorique de Greenpeace qui consiste à désinformer les gens, si ce n'est pas à leur laver la cervelle.
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samedi, juin 02, 2007

59e réunion plénière de la Commission baleinière internationale

La 59e réunion plénière de la Commission baleinière internationale (CBI) s'est achevée le 31 mai dernier à Anchorage en Alaska. Contrairement à l'année précédente, les pays supportant une reprise de la chasse à la baleine n'ont pas réussi à obtenir un vote en leur faveur, malgré des efforts pour trouver des compromis. Cette situation a amené la délégation du Japon à declarer qu'elle n'excluait pas de quitter cette organisation et d'en créer une autre lors du dernier jour des débats.

Lors du premier jour, le comité scientifique de la CBI a présenté son rapport. Si aucune estimation du nombre de rorqual de Minke antarctique (balaenoptera bonaerensis) n'a pu être présentée encore cette année, le comité s'est accordé sur l'augmentation du nombre de baleines bleues et de baleines à bosse dans l'hémisphère sud. Cela montre que les mesures de protection dont ces animaux font l'objet depuis plus de 40 ans (soit bien avant la mise en place du moratoire) portent leurs fruits. A noter que les programmes de recherche japonais en Antarctique, JARPA et JARPA2 ont contribué aux travaux du comité scientifique en apportant d'importantes données. Le comité a toutefois souligné que les populations de baleines franches de l'Atlantique nord (environ 300 individus) et de baleines grises du Pacifique nord-ouest (quelques 120 cétacés) continuaient d'être très menacées, notamment du fait des activités humaines dans leurs habitats (collisions avec des navires, filets de pêche, etc.).

L'ordre du jour de la seconde journée de la réunion comportait principalement les discussions concernant le renouvellement des quotas de chasse aborigène de subsistence. Ces derniers sont généralement établis pour des périodes de 5 ans. Bien que les quotas des Inuits d'Alaska, des Chukotka (Sibérie) et de St Vincent et les Grenadines aient été adoptés par consensus, il n'en a pas été de même pour ceux des populations du Groenland dont les discussions ont été reportées au troisième jour. De même, une proposition d'établissement d'un sanctuaire baleinier dans l'Atlantique sud a été remise au jour suivant.

Le troisième jour des débats a donc commencé sur la proposition de sanctuaire qui a été mise aux votes. Ne pouvant obtenir une majorité des trois quarts (39 votes pour, 29 contre, 3 abstentions), cette proposition n'a donc pas été adoptée. Les discussions concernant les quotas de chasse aborigène de subsistence des populations du Groenland ont suivi, mais en l'absence de progrés, il a été décidé de les remettre au dernier jour pour permettre aux Etats de négocier et de trouver un consensus. Le Japon a ensuite présenté une proposition d'autorisation de chasse baleinière pour quatre de ses communautés côtières (Abashiri, Ayukawa, Wadaura et Taiji). Contrairement à ce que certains médias et ONG ont pu rapporter, il ne s'agissait aucunement de faire passer cette chasse pour une chasse aborigène de subsistence, même si cette activité joue un rôle socioculturel important dans les communautés concernées, notamment lors de fêtes locales (matsuri). En outre, la proposition japonaise comportait des mesures (inspecteurs, etc.) pour permettre le contrôle de cette activité et limiter la consommation des produits de la chasse aux communautés (à l'instar de la chasse aborigène), et supposait la déduction du nombre de rorquals de Minke (balaenoptera acutorostrata) alloué du quota de chasse scientifique dans le Pacifique nord-ouest (programme JARPN2). Le Japon avait également proposé d'abandonner son projet de capturer une cinquantaine de baleine à bosse à partir de cette hiver dans le cadre de son programme JARPA2 (Antarctique). Les discussions n'ayant pas permis de créer un consensus, le Japon a décidé de reporter sa proposition au quatrième et dernier jour de la réunion.

La CBI s'est ensuite penchée sur les permis speciaux de chasse scientifique (article 8 de la convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine), précisément les deux programmes japonais et celui de l'Islande. Un rapport des resultats du programme JARPA (1987-2005) a également été présenté. Ces permis spéciaux étant controversés au sein de la CBI, les pays opposés à la chasse ont fait passer une résolution non contraignante et symbolique demandant au Japon (pas à l'Islande!) de retirer son permis spécial pour le programme JARPA2 en Antarctique. Bien que cette résolution ait été adoptée, le vote a été marqué par le refus de participer de 27 pays. Ce n'est pas ce genre de résolutions qui permettra de réduire le fossé entre les deux camps, pro et anti-chasse.

Cependant, la Commission a réussi à se réunir autour d'une résolution sur les questions de sécurité en mer. Cette initiative du Japon et de la Nouvelle-Zélande vient fustiger, sans la citer, les actions périlleuses de l'ONG Sea Shepherd Conservation Society qui avait provoqué plusieurs collisions en haute mer en février dernier.

Le soir du troisième jour, les pays opposés à la chasse ont fait passer une autre résolution sur l'usage non-létal des cétacés, autrement dit en faveur du tourisme baleinier (whale-watching). Là encore, une vingtaine de pays ont refusé de participer au vote. L'intention de ce texte est clairement de détourner la CBI de son mandat, c'est à dire la gestion des populations de grands cétacés et de leur chasse. Les opposants à la chasse baleinière brandissent régulièrement le tourisme baleinier comme substitut économique à cette première. Cependant, ces deux activités ne sont pas totalement incompatibles. Par exemple, dans un récent article de l'AFP, Nagaoka Tomohisa, ancien baleinier reconverti dans le tourisme baleinier à Muroto (Japon), explique que "la chasse à la baleine devrait être autorisée à des peuples comme les Japonais qui ont traditionnellement mangé des baleines comme des poissons". De même, les deux activités coexistent en Norvège et en Islande, malgré les pressions et appels au boycott de certaines ONG.

Le quatrième jour de la réunion a enfin vu l'adoption des quotas pour les gens du Groenland, mais aucun avancement sur la proposition japonaise que la délégation nippone a finalement retirée. Les opposants à la chasse à la baleine ont ensuite fait adopter une résolution relative à la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) selon laquelle le moratoire serait encore valable, contredisant donc la déclaration de St Kitts et Nevis de l'année dernière. Encore une fois, le vote de cette résolution a été marqué par la non-participation de 26 pays considérant que celle-ci n'était pas appropriée. Finalement, d'autres sujets d'ordre technique ont été discutes lors de cette journée avant la clôture de la réunion. La prochaine pleinière aura lieu du 23 au 27 juin 2008 à Santiago du Chili.
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mercredi, mai 30, 2007

Journalisme et chasse à la baleine - 2

L'autre jour, j'étais assez surpris en lisant une série d'articles écrits par Richard Black, le correspondant de la BBC pour les questions d'environnement. Dans ces articles, l'auteur cherche à comprendre les différents aspects de la chasse à la baleine au Japon : les croyances relatives aux cétacés, la consommation de viande de baleine et la chasse scientifique japonaise. Chose rare, Richard Black évite de nous déballer les préjugés habituels sur la question de la chasse à la baleine.

Citons les commentaires du président du comité scientifique de la CBI, le Dr. Arne Bjørge quant aux programmes de chasse scientifique japonais : "La participation japonaise à la recherche sur les cétacés en Antarctique est considérable et même dirais-je, cruciale pour le comité scientifique (de la CBI)." Concernant la revue du programme japonais en Antarctique JARPA, il explique qu' "en bref, le groupe de revue était très satisfait par les données recueillies (par le Japon) et fournies grâce au programme. Il y a eu quelques conseils sur comment analyser davantage ou mieux les données, mais il y avait un consensus général quant à la grande qualité et l'utilité des données."

A l'inverse, le correspondant de Libération, Michel Temman continue de prouver son manque de professionalisme et ses préjugés sur ce problème dans deux articles parus aujourd'hui. Dans le premier, il nous fait part d'une demande du Japon de chasser 50 baleines à bosse, "espèce très protégée" selon lui (si quelqu'un comprend ce que ça veut dire, qu'il me le dise), auprès de la Commission baleinière internationale. Pourtant le Japon avait déjà annoncé en 2005 qu'il commencerait à capturer ces baleines à partir de l'été austral 2007/2008 dans le cadre de son programme de chasse scientifique JARPA2 en Antarctique. Il n'a pour ce faire besoin d'aucune autorisation de la CBI. Outre l'usage systématique de guillemets autour du mot "scientifique", il nous dit que la France a déclaré "qu'il était reconnu que les recherches scientifiques peuvent être menées sur des baleines sans les tuer". Toujours la même désinformation, donc.

Dans son second article, M. Temman nous ressort l'histoire des hamburgers de baleine de Wada. Un classique, désormais. Bien sûr, il oublie de préciser que les baleines chassées dans ce port ne sont pas sous la juridiction de la CBI et que la saison ne dure que de la mi-juin à la fin août. On a également droit à tout un topo sur la vente et la consommation de viande de baleines capturées dans le cadre des programmes de recherche japonais sur les cétacés. En fin de compte, il nous rabache la même chose que les ONG anti-chasse et d'autres médias, à se demander quel est l'intérêt de son article. En parlant de ce monsieur, il m'avait contacté il y a quelques mois après que j'aie laissé un commentaire à la suite d'un de ces articles sur le site de Libé. Je lui avais alors expliqué ce que je lui reprochais dans son traitement du sujet de la chasse à la baleine au Japon.

En ce qui concerne les débats de la CBI à Anchorage, les quotas de chasse aborigène et de subsistence des Inuits d'Alaska ont été adoptés par consensus pour les 5 ans à venir, contrairement à tout ce que les opposants à la chasse à la baleine pouvaient craindre...ou plutôt voulaient essayer de nous faire croire. Bref, vivement le jour où la plupart des journalistes occidentaux suivront l'exemple de Richard Black et aborderont le sujet de la chasse à la baleine de manière objective.
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jeudi, mai 24, 2007

Préliminaires à la 59e réunion plénière de la Commission baleinière internationale

La Commission baleinière internationale (CBI) va se réunir à partir du 28 mai prochain à Anchorage en Alaska. Bien que les medias n'aient pas accès aux debats, il est possible de les suivre en direct sur internet grâce au site "Kujira portal site" (en anglais/francais/japonais en fonction de la langue des représentants des pays membres). L'année dernière, j'avais ecouté avec intérêt les discussions et je me souviens encore de la mauvaise foi de certaines délégations, notamment de Monaco et du Brésil.

Il y a environ deux semaines, les quelques 200 membres du comité scientifique de la CBI se sont réunis pour discuter de divers sujets relatifs aux cétacés pendant une quinzaine de jours. Ils doivent donner un compte-rendu de ces discussions lors de la réunion plénière. Cet événement a été rapporté dans la presse, et en particulier dans un article de Libération en date du 9 mai. Le titre de cet article fait référence à un "comité contre la chasse commerciale", mais il est improbable qu'il s'agisse du comité scientifique de la CBI puisqu'il n'a pas vocation à prendre position pour ou contre la chasse commerciale. Sans doute l'auteur, Denis Delbecq, s'est-il emmêlé les pinceaux en écrivant sur un sujet qu'il ne maîtrise visiblement pas.

La réunion de l'année dernière ayant été marqué par l'adoption d'une résolution appelée "Déclaration de St Kitts et Nevis" et soulignant entre autres choses, que le moratoire adopté en 1982 n'était plus nécessaire, le camp des opposants à la chasse baleinière, notamment la Grande Bretagne a fait du "recruiting" pour gonfler ses rangs. Ainsi, la Croatie, Chypre, l'Equateur et la Grèce ont rejoint la CBI qui compte désormais 75 pays membres. Cela signifie que les opposants à la chasse à la baleine ont décidé de poursuivre leur politique d'affrontement et de blocage de la CBI malgré les efforts fournis par le Japon pour trouver une solution consensuelle.

Dans le même temps, les ONG anti-chasse telles que Greenpeace et l'IFAW ont lancé leurs campagnes de désinformation. On pouvait par exemple lire dans les médias anglophones que le Japon chercherait à coup sûr d'utiliser le vote sur les quotas de chasse aborigène de subsistence des Inuïts d'Alaska pour faire autoriser la capture de rorquals de Minke dans quatre communautés baleinières nippones. Si certes, le Japon a tenté de dénoncer les doubles critères employés par les Etats-Unis sur la question de la chasse à la baleine en bloquant le vote des quotas de chasse des Inuits d'Alaska lors de la session plénière de 2002 (ils avaient ensuite été adoptés lors d'une réunion spéciale fin 2002), les porte-parole de l'Agence aux pêches japonaise ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne recommenceraient pas.

Récemment, Greenpeace a exposé devant la Porte de Brandebourg à Berlin, les cadavres de 17 cétacés victimes des activités humaines (filets de pêche, collisions avec des bateaux, etc.) en Europe pour souligner l'importance de protéger les baleines contre ... la chasse. Malheureusement, bien plus que la chasse, ce sont bien les activités maritimes des hommes qui menacent le plus ces animaux. Une espèce comme la baleine franche en Atlantique nord reste dans une situation critique, malgré le fait qu'elle soit protégée contre la chasse depuis 70 ans, et ce du fait des filets de pêches et des collisions avec des navires. La motivation de Greenpeace se trouve sans doute plus au niveau du porte-monnaie que de la sensibilisation de l'opinion publique sur les véritables problèmes.

En Australie, le parti travailliste a annoncé qu'il enverrait des navires de la marine nationale pour surveiller et stopper les activités "illégales" de chasse à la baleine japonaise en Antarctique en cas de victoire électorale. Ce pays ayant établi un sanctuaire baleinier dans sa zone d'exclusivité économique en 1999, certains politiciens australiens considèrent que cette zone s'étend aux eaux se trouvant au large du territoire que l'Australie revendique sur le continent antarctique. Malheureusement, le Traité sur l'Antarctique de 1961 non seulement gèle les revendications territoriales mais fait également de cette zone une région démilitarisée. L'Australie étant dans une année électorale, cette déclaration n'avait probablement pour objectif que de séduire les plus crédules.

La propagande anti-baleinière et la désinformation devraient battre leur plein dans les jours qui viennent.
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mercredi, mai 09, 2007

Chant et danse de la chasse à la baleine à Heda

Le mois dernier, je suis allé dans le petit port de Heda (ville de Numazu, département de Shizuoka), sur la côte ouest de la péninsule d'Izu. Là, se trouve, au bout d'une étroite péninsule sablonneuse, le sanctuaire Moroguchi-jinja 諸口神社. Il s'y tenait ce jour-là une fête lors de laquelle étaient présentés plusieurs chants et danses de pêcheurs hérités de la période d'Edo. Le chant qui m'intéressait particulièrement est celui du harponnage de la baleine dit kujira tsuki-uta 鯨突き唄 (voir vidéo).

Bien que le port de Heda n'ait pas de passé baleinier, il a entretenu d'étroites relations avec la province de Kii (aujourd'hui département de Wakayama) lors du transport de pierres pour le compte des Tokugawa de Kii. Il semblerait donc que ce chant ait été transmis de cette province où l'activité baleinière était alors importante, notamment à Taiji. On dit même qu'une soupe contenant de la viande de baleine était servie lors de banquets organisés par le chef des pêcheurs de Heda, Suguro Yosabê 勝呂弥十兵衛. Toutefois, le fait que l'on évoque dans ce chant la capture d'une baleine à bec de Baird - tsuchi (kujira) 槌(鯨) - laisse plutôt présager de liens avec les baleiniers de Katsuyama qui chassaient cette espèce à cette époque.



Toujours est-il que ce chant et la danse qui l'accompagne démontrent l'influence des kujiragumi en dehors de leurs régions et la consommation, même occasionnelle, de viande de baleine dans des régions non-baleinères.
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vendredi, avril 27, 2007

L'organisation des kujiragumi - 1

Nous avons précédemment vu que des groupes de baleiniers dits kujiragumi opéraient dans différentes régions du Japon durant la période d'Edo. Penchons-nous maintenant sur l'organisation du travail dans ces groupes. Comme je l'ai évoqué auparavant, on peut différencier les kujiragumi en fonction des techniques de chasse qu'ils emploient : ceux qui chassent au harpon (tsukigumi 突き組) et ceux qui utilisent harpons et filets (amigumi 網組). Ces derniers ayant été les plus nombreux à partir de la fin du 17e siècle, nous nous limiterons ici à l'organisation du travail des amigumi.

La structure sociale des kujiragumi reflètent souvent celle des communautés où ils opéraient. C'est particulièrement le cas de villages comme celui de Taiji dont l'activité principale était la chasse à la baleine. Il faut cependant tenir compte des kujiragumi de l'ouest de Kyûshû dont la main d'œuvre provenait de nombreuses régions et se rassemblait pour les saisons de chasse. Ces mouvements de personnes s'expliquent par les besoins des kujiragumi en travailleurs spécialisés. Ainsi, c'est au mois d'août que de nombreux artisans se réunissaient pour les travaux préparatifs dits maesakuji 前作事 ou maezaiku 前細工 qui consistaient à confectionner les cordes et filets, les bateaux, les harpons et autres ustensils nécessaires aux opérations baleinières.

Le lieu qui sert de base aux opérations sur terre du kujiragumi s'appelle le nayaba 納屋場 et est composé de plusieurs bâtiments dits naya 納屋 qui ont chacun différentes fonctions. Tous ces batiments sont sous le commandement de superviseurs appelés bettô 別当 qui s'inscrivent dans l'organisation pyramidale du kujiragumi. En divers endroits surélevés sont installés des postes de guets dits yamami 山見 permettant d'observer les environs et de repérer le passage de baleines non loin des côtes. Les informations relatives aux baleines repérées (emplacement, direction, nombre, espèce, etc.) étaient transmises au poste de commandement du nayaba à l'aide de fanions ou de signaux de fumée. De fait, les yamami jouaient un rôle crucial dans les activités du kujiragumi et le guetteur (yamami-ban 山見番) ayant repéré une baleine était souvent récompensé de manière substantive (à condition bien sûr que la chasse ait été fructueuse).

L'ensemble des opérations ayant lieu en mer sont généralement désignée sous le terme okiba 沖場. Lorsqu'une baleine a été repérée, les dirigeants du kujiragumi décident généralement de l'endroit où deployer les filets. Ces derniers sont à la charge d'embarcations appelées amibune 網船 ou sôkaibune 双海船 qui allaient généralement par deux ou trois pour un filet. Le piege ainsi formé par les filets ouverts en deux ou trois épaisseurs est appelé ajiro 網代 ou amiba 網場.

Une fois les filets deployés, une vingtaine de bateaux rabatteurs dits sekobune 勢子船 à bord de chacun desquels se trouve un harponneur (hazashi 刃刺) et une douzaine de rameurs (kako 水夫) se chargent de prendre en chasse la baleine et de la diriger vers le piège. Pour ce faire, ils adoptent une formation en "V" et effraient le cétacé en battant les bords du bateau à l'aide de gourdins et en criant. Lorsque la baleine se prend dans les filets, les hazashi commencent le harponnage, d'abord à l'aide de harpons légers appelés hayamori 早銛 puis de plus en plus lourds (yorozumori 萬銛) généralement reliés aux bateaux ou à des flotteurs par des lignes pour épuiser la baleine. Il fallait généralement plusieurs dizaines, voire plus d'une centaine de harpons pour affaiblir l'animal.

A ce moment, plusieurs hazashi plongent dans l'eau, couteau entre les dents, et nagent en direction de la baleine pour accomplir la périlleuse tâche du hanakiri 鼻切り. Le hanakiri consiste à grimper sur l'animal agonisant et à percer un trou dans son évent pour y passer une corde puis à enrouler cette corde autour du corps de la baleine en plongeant en dessous plusieurs fois. L'animal est ensuite mis à mort à l'aide de lances (ken 剣). Les baleiniers entonnent alors trois fois "namuamidabutsu 南無阿弥陀仏" en prière pour le repos de l'âme de la baleine. Le cadavre de cette dernière est ensuite attaché à deux bateaux remorqueurs appelés mossôbune 持双船, reliés l'un à l'autre par des poutres transversales, puis conduit vers la côte pour le dépeçage.

A suivre...
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