L'autre jour, j'étais assez surpris en lisant une série d'articles écrits par Richard Black, le correspondant de la BBC pour les questions d'environnement. Dans ces articles, l'auteur cherche à comprendre les différents aspects de la chasse à la baleine au Japon : les croyances relatives aux cétacés, la consommation de viande de baleine et la chasse scientifique japonaise. Chose rare, Richard Black évite de nous déballer les préjugés habituels sur la question de la chasse à la baleine.
Citons les commentaires du président du comité scientifique de la CBI, le Dr. Arne Bjørge quant aux programmes de chasse scientifique japonais : "La participation japonaise à la recherche sur les cétacés en Antarctique est considérable et même dirais-je, cruciale pour le comité scientifique (de la CBI)." Concernant la revue du programme japonais en Antarctique JARPA, il explique qu' "en bref, le groupe de revue était très satisfait par les données recueillies (par le Japon) et fournies grâce au programme. Il y a eu quelques conseils sur comment analyser davantage ou mieux les données, mais il y avait un consensus général quant à la grande qualité et l'utilité des données."
A l'inverse, le correspondant de Libération, Michel Temman continue de prouver son manque de professionalisme et ses préjugés sur ce problème dans deux articles parus aujourd'hui. Dans le premier, il nous fait part d'une demande du Japon de chasser 50 baleines à bosse, "espèce très protégée" selon lui (si quelqu'un comprend ce que ça veut dire, qu'il me le dise), auprès de la Commission baleinière internationale. Pourtant le Japon avait déjà annoncé en 2005 qu'il commencerait à capturer ces baleines à partir de l'été austral 2007/2008 dans le cadre de son programme de chasse scientifique JARPA2 en Antarctique. Il n'a pour ce faire besoin d'aucune autorisation de la CBI. Outre l'usage systématique de guillemets autour du mot "scientifique", il nous dit que la France a déclaré "qu'il était reconnu que les recherches scientifiques peuvent être menées sur des baleines sans les tuer". Toujours la même désinformation, donc.
Dans son second article, M. Temman nous ressort l'histoire des hamburgers de baleine de Wada. Un classique, désormais. Bien sûr, il oublie de préciser que les baleines chassées dans ce port ne sont pas sous la juridiction de la CBI et que la saison ne dure que de la mi-juin à la fin août. On a également droit à tout un topo sur la vente et la consommation de viande de baleines capturées dans le cadre des programmes de recherche japonais sur les cétacés. En fin de compte, il nous rabache la même chose que les ONG anti-chasse et d'autres médias, à se demander quel est l'intérêt de son article. En parlant de ce monsieur, il m'avait contacté il y a quelques mois après que j'aie laissé un commentaire à la suite d'un de ces articles sur le site de Libé. Je lui avais alors expliqué ce que je lui reprochais dans son traitement du sujet de la chasse à la baleine au Japon.
En ce qui concerne les débats de la CBI à Anchorage, les quotas de chasse aborigène et de subsistence des Inuits d'Alaska ont été adoptés par consensus pour les 5 ans à venir, contrairement à tout ce que les opposants à la chasse à la baleine pouvaient craindre...ou plutôt voulaient essayer de nous faire croire. Bref, vivement le jour où la plupart des journalistes occidentaux suivront l'exemple de Richard Black et aborderont le sujet de la chasse à la baleine de manière objective...lire la suite>>
mercredi, mai 30, 2007
Journalisme et chasse à la baleine - 2
jeudi, mai 24, 2007
Préliminaires à la 59e réunion plénière de la Commission baleinière internationale
La Commission baleinière internationale (CBI) va se réunir à partir du 28 mai prochain à Anchorage en Alaska. Bien que les medias n'aient pas accès aux debats, il est possible de les suivre en direct sur internet grâce au site "Kujira portal site" (en anglais/francais/japonais en fonction de la langue des représentants des pays membres). L'année dernière, j'avais ecouté avec intérêt les discussions et je me souviens encore de la mauvaise foi de certaines délégations, notamment de Monaco et du Brésil.
Il y a environ deux semaines, les quelques 200 membres du comité scientifique de la CBI se sont réunis pour discuter de divers sujets relatifs aux cétacés pendant une quinzaine de jours. Ils doivent donner un compte-rendu de ces discussions lors de la réunion plénière. Cet événement a été rapporté dans la presse, et en particulier dans un article de Libération en date du 9 mai. Le titre de cet article fait référence à un "comité contre la chasse commerciale", mais il est improbable qu'il s'agisse du comité scientifique de la CBI puisqu'il n'a pas vocation à prendre position pour ou contre la chasse commerciale. Sans doute l'auteur, Denis Delbecq, s'est-il emmêlé les pinceaux en écrivant sur un sujet qu'il ne maîtrise visiblement pas.
La réunion de l'année dernière ayant été marqué par l'adoption d'une résolution appelée "Déclaration de St Kitts et Nevis" et soulignant entre autres choses, que le moratoire adopté en 1982 n'était plus nécessaire, le camp des opposants à la chasse baleinière, notamment la Grande Bretagne a fait du "recruiting" pour gonfler ses rangs. Ainsi, la Croatie, Chypre, l'Equateur et la Grèce ont rejoint la CBI qui compte désormais 75 pays membres. Cela signifie que les opposants à la chasse à la baleine ont décidé de poursuivre leur politique d'affrontement et de blocage de la CBI malgré les efforts fournis par le Japon pour trouver une solution consensuelle.
Dans le même temps, les ONG anti-chasse telles que Greenpeace et l'IFAW ont lancé leurs campagnes de désinformation. On pouvait par exemple lire dans les médias anglophones que le Japon chercherait à coup sûr d'utiliser le vote sur les quotas de chasse aborigène de subsistence des Inuïts d'Alaska pour faire autoriser la capture de rorquals de Minke dans quatre communautés baleinières nippones. Si certes, le Japon a tenté de dénoncer les doubles critères employés par les Etats-Unis sur la question de la chasse à la baleine en bloquant le vote des quotas de chasse des Inuits d'Alaska lors de la session plénière de 2002 (ils avaient ensuite été adoptés lors d'une réunion spéciale fin 2002), les porte-parole de l'Agence aux pêches japonaise ont d'ores et déjà annoncé qu'ils ne recommenceraient pas.
Récemment, Greenpeace a exposé devant la Porte de Brandebourg à Berlin, les cadavres de 17 cétacés victimes des activités humaines (filets de pêche, collisions avec des bateaux, etc.) en Europe pour souligner l'importance de protéger les baleines contre ... la chasse. Malheureusement, bien plus que la chasse, ce sont bien les activités maritimes des hommes qui menacent le plus ces animaux. Une espèce comme la baleine franche en Atlantique nord reste dans une situation critique, malgré le fait qu'elle soit protégée contre la chasse depuis 70 ans, et ce du fait des filets de pêches et des collisions avec des navires. La motivation de Greenpeace se trouve sans doute plus au niveau du porte-monnaie que de la sensibilisation de l'opinion publique sur les véritables problèmes.
En Australie, le parti travailliste a annoncé qu'il enverrait des navires de la marine nationale pour surveiller et stopper les activités "illégales" de chasse à la baleine japonaise en Antarctique en cas de victoire électorale. Ce pays ayant établi un sanctuaire baleinier dans sa zone d'exclusivité économique en 1999, certains politiciens australiens considèrent que cette zone s'étend aux eaux se trouvant au large du territoire que l'Australie revendique sur le continent antarctique. Malheureusement, le Traité sur l'Antarctique de 1961 non seulement gèle les revendications territoriales mais fait également de cette zone une région démilitarisée. L'Australie étant dans une année électorale, cette déclaration n'avait probablement pour objectif que de séduire les plus crédules.
La propagande anti-baleinière et la désinformation devraient battre leur plein dans les jours qui viennent...lire la suite>>
mercredi, mai 09, 2007
Chant et danse de la chasse à la baleine à Heda
Le mois dernier, je suis allé dans le petit port de Heda (ville de Numazu, département de Shizuoka), sur la côte ouest de la péninsule d'Izu. Là, se trouve, au bout d'une étroite péninsule sablonneuse, le sanctuaire Moroguchi-jinja 諸口神社. Il s'y tenait ce jour-là une fête lors de laquelle étaient présentés plusieurs chants et danses de pêcheurs hérités de la période d'Edo. Le chant qui m'intéressait particulièrement est celui du harponnage de la baleine dit kujira tsuki-uta 鯨突き唄 (voir vidéo).
Bien que le port de Heda n'ait pas de passé baleinier, il a entretenu d'étroites relations avec la province de Kii (aujourd'hui département de Wakayama) lors du transport de pierres pour le compte des Tokugawa de Kii. Il semblerait donc que ce chant ait été transmis de cette province où l'activité baleinière était alors importante, notamment à Taiji. On dit même qu'une soupe contenant de la viande de baleine était servie lors de banquets organisés par le chef des pêcheurs de Heda, Suguro Yosabê 勝呂弥十兵衛. Toutefois, le fait que l'on évoque dans ce chant la capture d'une baleine à bec de Baird - tsuchi (kujira) 槌(鯨) - laisse plutôt présager de liens avec les baleiniers de Katsuyama qui chassaient cette espèce à cette époque.
Toujours est-il que ce chant et la danse qui l'accompagne démontrent l'influence des kujiragumi en dehors de leurs régions et la consommation, même occasionnelle, de viande de baleine dans des régions non-baleinères...lire la suite>>
Libellés : cultures locales, vidéo
vendredi, avril 27, 2007
L'organisation des kujiragumi - 1
Nous avons précédemment vu que des groupes de baleiniers dits kujiragumi opéraient dans différentes régions du Japon durant la période d'Edo. Penchons-nous maintenant sur l'organisation du travail dans ces groupes. Comme je l'ai évoqué auparavant, on peut différencier les kujiragumi en fonction des techniques de chasse qu'ils emploient : ceux qui chassent au harpon (tsukigumi 突き組) et ceux qui utilisent harpons et filets (amigumi 網組). Ces derniers ayant été les plus nombreux à partir de la fin du 17e siècle, nous nous limiterons ici à l'organisation du travail des amigumi.La structure sociale des kujiragumi reflètent souvent celle des communautés où ils opéraient. C'est particulièrement le cas de villages comme celui de Taiji dont l'activité principale était la chasse à la baleine. Il faut cependant tenir compte des kujiragumi de l'ouest de Kyûshû dont la main d'œuvre provenait de nombreuses régions et se rassemblait pour les saisons de chasse. Ces mouvements de personnes s'expliquent par les besoins des kujiragumi en travailleurs spécialisés. Ainsi, c'est au mois d'août que de nombreux artisans se réunissaient pour les travaux préparatifs dits maesakuji 前作事 ou maezaiku 前細工 qui consistaient à confectionner les cordes et filets, les bateaux, les harpons et autres ustensils nécessaires aux opérations baleinières.
Le lieu qui sert de base aux opérations sur terre du kujiragumi s'appelle le nayaba 納屋場 et est composé de plusieurs bâtiments dits naya 納屋 qui ont chacun différentes fonctions. Tous ces batiments sont sous le commandement de superviseurs appelés bettô 別当 qui s'inscrivent dans l'organisation pyramidale du kujiragumi. En divers endroits surélevés sont installés des postes de guets dits yamami 山見 permettant d'observer les environs et de repérer le passage de baleines non loin des côtes. Les informations relatives aux baleines repérées (emplacement, direction, nombre, espèce, etc.) étaient transmises au poste de commandement du nayaba à l'aide de fanions ou de signaux de fumée. De fait, les yamami jouaient un rôle crucial dans les activités du kujiragumi et le guetteur (yamami-ban 山見番) ayant repéré une baleine était souvent récompensé de manière substantive (à condition bien sûr que la chasse ait été fructueuse).
L'ensemble des opérations ayant lieu en mer sont généralement désignée sous le terme okiba 沖場. Lorsqu'une baleine a été repérée, les dirigeants du kujiragumi décident généralement de l'endroit où deployer les filets. Ces derniers sont à la charge d'embarcations appelées amibune 網船 ou sôkaibune 双海船 qui allaient généralement par deux ou trois pour un filet. Le piege ainsi formé par les filets ouverts en deux ou trois épaisseurs est appelé ajiro 網代 ou amiba 網場.
Une fois les filets deployés, une vingtaine de bateaux rabatteurs dits sekobune 勢子船 à bord de chacun desquels se trouve un harponneur (hazashi 刃刺) et une douzaine de rameurs (kako 水夫) se chargent de prendre en chasse la baleine et de la diriger vers le piège. Pour ce faire, ils adoptent une formation en "V" et effraient le cétacé en battant les bords du bateau à l'aide de gourdins et en criant. Lorsque la baleine se prend dans les filets, les hazashi commencent le harponnage, d'abord à l'aide de harpons légers appelés hayamori 早銛 puis de plus en plus lourds (yorozumori 萬銛) généralement reliés aux bateaux ou à des flotteurs par des lignes pour épuiser la baleine. Il fallait généralement plusieurs dizaines, voire plus d'une centaine de harpons pour affaiblir l'animal.
A ce moment, plusieurs hazashi plongent dans l'eau, couteau entre les dents, et nagent en direction de la baleine pour accomplir la périlleuse tâche du hanakiri 鼻切り. Le hanakiri consiste à grimper sur l'animal agonisant et à percer un trou dans son évent pour y passer une corde puis à enrouler cette corde autour du corps de la baleine en plongeant en dessous plusieurs fois. L'animal est ensuite mis à mort à l'aide de lances (ken 剣). Les baleiniers entonnent alors trois fois "namuamidabutsu 南無阿弥陀仏" en prière pour le repos de l'âme de la baleine. Le cadavre de cette dernière est ensuite attaché à deux bateaux remorqueurs appelés mossôbune 持双船, reliés l'un à l'autre par des poutres transversales, puis conduit vers la côte pour le dépeçage.
A suivre.....lire la suite>>
Libellés : histoire, kujiragumi
lundi, avril 16, 2007
Journalisme et chasse à la baleine
Il est assez impressionnant de voir à quel point le traitement de l'information diffère entre les pays occidentaux et le Japon quand il s'agit de chasse à la baleine. Autant les médias nippons sont d'une neutralité déconcertante, ne diffusant que des faits bruts, autant les journalistes occidentaux, en particulier anglophones, sont fortement influencés par la propagande anti-baleinière des Greenpeace et autres WDCS (au point d'ailleurs de quasi-systématiquement citer le porte-parole de l'une de ces ONG). On ne peut pas critiquer les gens d'avoir une opinion sur un sujet donné, mais parfois on sent un manque de recherche sur le sujet de la chasse à la baleine.
Il y a deux mois, Reuters, l'une des plus importantes agences de presse, a publié un article et un reportage (voir vidéo) sur un hamburger de baleine servi dans un restaurant du port de Wada (département de Chiba). L'idée générale de cet article et de ce reportage, c'est que les promoteurs de la chasse à la baleine essayent de stimuler l'appétit des jeunes Japonais en mettant au point de nouvelles recettes telles que le "kujira burger" dont il est question. En toile de fond, on a l'idée vehiculee par les ONG anti-chasse que les stocks de viande de baleine frigorifiée continuent d'augmenter du fait du dedain des Japonais pour cet aliment, atteignant environ 4500 tonnes en novembre 2006. Pourtant, ces stocks ont bien baissé depuis. En fevrier 2007, ils étaient de 3161 tonnes.
Wada se situe à un peu plus de deux heures de voiture ou de train de Tôkyô, dans une région plutôt rurale. Il est donc peu probable que de nombreux jeunes Tôkyôïtes fassent le déplacement uniquement pour déguster un hamburger de baleine. D'autant plus que ce plat n'est servi qu'un jour par mois, chose qu'Olivier Fabre oublie de préciser dans son reportage pour Reuters. Ce n'est pas comme ça que les stocks de viande de baleine vont s'écouler.
Voulant en savoir plus, je me suis rendu dans ce restaurant au mois de février dernier et ai posé quelques questions au gérant que j'avais déjà rencontré en juillet 2006. Là, on m'a appris qu'il y avait deux recettes de hamburgers de baleine, l'une à base de viande de rorqual de Minke, l'autre avec de la chair de baleine à bec de Baird. Cette deuxième espèce est chassée commercialement en été au large de la péninsule de Bôsô et n'a absolument rien à voir avec les stocks de viande de baleine qui s'accumuleraient. On m'a également expliqué que la plupart des jeunes des environs mangeaient de la baleine sans réticences, ce qui parait tout à fait normal si l'on prend en compte le fait que cette région a une longue tradition baleinière.
Ce qui est intéressant dans cette histoire, c'est que les mêmes "kujira burgers" avaient déjà fait l'objet d'un article de la part de Reuters en juin 2006. De même, une chaine de fast-food de Hakodate (département de Hokkaidô) avait déjà lancé un plat du même genre en 2005. Autrement dit, rien de nouveau. En fait, je pense que l'objectif des journalistes est de faire du sensationnel. Business, quand tu nous tiens !
Enfin, si on compare le "kujira burger" de la photo à celui qu'Olivier Fabre mange devant un MacDonald's (précision : il n'y a pas de McDonald's à Wada !), on peut se demander si la viande de baleine n'a pas disparu du hamburger du journaliste de Reuters...
Crédit photo : Reuters.
Mise à jour (28 avril 2007) :
Il semble que la vidéo du reportage d'Olivier Fabre ne soit plus disponible sur Youtube. Elle est cependant disponible sur le site de Reuters.
..lire la suite>>
Libellés : désinformation
samedi, avril 07, 2007
La baleine de Shinagawa
A Tôkyô, non loin de la gare de Shinagawa, se trouve un petit sanctuaire shintô du nom de Kagata-jinja 利田神社. A côté de ce dernier est érigé un monument funéraire (kujira-zuka) dédiée à une baleine qui s'est echouée dans la baie d'Edo à la fin du 18e siècle.
Le 1er mai 1798 (an 10 de l'ère Kansei), une baleine qui s'était perdue dans la baie d'Edo suite à une violente tempête fut repérée par des pêcheurs locaux. Ces derniers parvinrent à capturer l'animal affaibli en le faisant s'échouer dans les eaux de Tennôzu. La capture de ce cétacé qui mesurait environ 16 mètres de long et 2 mètres de haut, a attiré l'attention des habitants d'Edo, dont le 11e shôgun, Tokugawa Ienari 徳川家斉. L'effervescence créée par ce spectacle extraordinaire dans la baie d'Edo a été reproduite dans une estampe de Katsukawa Shuntei 勝川春亭 (1770-1820) intitulée "Shinagawa-oki no kujira Takanawa yori miru zu" 「品川沖之鯨 高輪ヨリ見ル図」 (Vue de la baleine de Shinagawa depuis Takanawa).
Après avoir été exposée à la vue de tous, le cadavre de la baleine fut achetée par un marchand du quartier de Utagawa-chô pour quelques 41 ryô (entre 1 et 2 millions de Yen actuels). La tête de l'animal a été enterrée là où se trouve actuellement la stèle funéraire. Bien que les écrits de l'époque ne précisent pas de quelle espèce il s'agissait, on pense que c'était une baleine bleue...lire la suite>>
Libellés : cultures locales, histoire
samedi, mars 31, 2007
"L'amour des baleines" de Greenpeace - 9 et 10
La série de Greenpeace s'est conclue jeudi dernier (le 29 mars). Les deux derniers épisodes emmènent les reporters de Greenpeace, Ivan Rigual et Koinuma Yuki à Zamami (département d'Okinawa). Là, ils rencontrent un pêcheur à la retraite, M. Miyahira Hideaki qui leur explique que les baleines avaient quasiment disparu des eaux au large de cette île dans les années 1950. Depuis, les baleines ont recommencé à augmenter et une industrie de tourisme baleinier (whale-watching) s'est développée à Zamami.
L'objectif principal d'Ivan et de Yuki, c'est d'aller voir des baleines, chose qu'ils font dans le 10e et dernier épisode. Après ça, ils font le point sur ce que les rencontres et découvertes qu'ils ont faites durant ces 10 semaines leur ont apporté. Ce qu'ils retiennent, c'est que les Japonais n'ont pas tous la même relation avec les baleines : certains les mangent, d'autres préfèrent les regarder. Il faut noter qu'ils évitent de porter un jugement sur la premiere catégorie. C'est une bonne chose. Toutefois, on peut regretter que de nombreux aspects socioculturels de la chasse à la baleine au Japon aient été ignorés ou abordés de façon très superficielle.
Le site devrait continuer d'exister, malgré la fin de la série.
P.S. :
Suite de l'affaire concernant la venue au Japon d'un navire de Greenpeace, l'Esperanza. Il semble que le syndicat des marins japonais ait reussi à faire pression sur l'agent que Greenpeace avait mandaté pour remplir les procédures d'entrée dans le port de Tôkyô. Résultat, l'Esperanza reste au large du Japon et l'événement "portes ouvertes" que Greenpeace prévoyait d'y organiser a été annulé. La porte-parole de l'ONG, Sara Holden aurait critiqué les autorités japonaises, dénonçant ce qu'elle appelle une "atteinte à la liberté d'expression".
Pourtant, il semble que plusieurs membres de leur équipage, notamment la chef d'expédition Karli Thomas et le capitaine Frank Kamp, soient présents sur le territoire nippon où ils ont tenu une conférence de presse. Ils organisent également une intervention de deux de leurs membres demain (le 1er avril), dans un restaurant de Yokohama. La liberté d'expression de Greenpeace au Japon ne semble donc pas particulièrement menacée...lire la suite>>
Libellés : désinformation, Whale-Love Wagon
mardi, mars 27, 2007
Fête Haraso dans le port de Kajika
Le 15 janvier dernier, s'est tenu dans le port de Kajika (ville d'Owase, département de Mie) la fête Haraso ハラソ祭り. N'ayant pas le don d'ubiquité (j'étais à Arikawa, ce jour-là), je n'ai pas pu m'y rendre, mais je vais tout de même faire une petite présentation de cette fête.
Haraso serait le cri que les kako (rameurs) entonnent lorsque le hadashi (=hazashi, harponneur) lance son harpon. Tout comme pour de nombreux villages situés sur la côte est de la péninsule de Kii, la chasse à la baleine était pratiquée à Kajika par un kujiragumi durant la période d'Edo. Cette fête est directement héritée de cette ancienne tradition.
Le matin du 15 janvier, un office funéraire dédié aux baleines est organisé au temple Jizôji 地蔵寺, à partir de 10 heures. Lorsque cet office est terminé, de jeunes gens originaires de ce port montent à bord d'une embarcation à rames appelée haraso-bune ハラソ船 et se rendent au sanctuaire Asuka-jinja 飛鳥神社 dans le port voisin de Sone. Ils sont maquillés et vêtus de vestes (juban 襦袢) colorées. L'un d'entre eux se voit confier le rôle de hadashi. A deux reprises, il lance un harpon vers le ciel pour s'exercer, avant de répéter ce geste devant le sanctuaire Asuka-jinja.
Le bateau retourne ensuite vers le port de Kajika. Là aussi, le même rituel symbolisant le harponnage d'une baleine est pratiqué, d'abord devant le lieu appelé Kujira-ishi 鯨石 où les baleines étaient autrefois dépecées, puis en divers endroits du port : sanctuaires, maison du représentant du quartier, etc.
Tout en lançant le harpon, le hadashi danse à la proue de l'embarcation dans un style qui rappelle un peu le jeu des acteurs de théâtre kabuki. De même, les rameurs se baissent et lèvent de temps en temps leurs rames pour symboliser une grosse vague provoquée par une baleine qui se débat.
Cette fête qui a pour but de favoriser une bonne saison de pêche, est l'une des rares occasions permettant de contempler les techniques anciennes de harponnage et de navigation des kujiragumi.
Crédit photo : Yomiuri Shinbun...lire la suite>>
Libellés : cultures locales
mercredi, mars 21, 2007
"L'amour des baleines" de Greenpeace - 7 et 8
La série de Greenpeace intitulée "Whale-Love Wagon" continue et deux nouveaux épisodes ont été mis sur le site les 8 et 15 mars derniers. Cette fois, Ivan et Yuki, les deux reporters "indépendants" de Greenpeace se rendent à l'Université de Science et de Technologie marine de Tôkyô. Là, ils rencontrent le Professeur Katô Hidehiro qui est un expert en cétologie.
M. Katô les guide vers une gallerie où est exposée le squelette d'une baleine franche de 17,1 mètres, le plus grand au monde. Ce que Greenpeace a oublié de préciser dans cette vidéo, c'est que la baleine franche en question a été capturée au large de l'Alaska en aout 1961 dans le cadre d'un programme de chasse scientifique conduit par le gouvernement japonais entre 1956 et 1968 en accord avec l'article VIII de la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine. Précisons également que bien que les baleines franches soient protégées depuis 1937, elles restent dans un état critique, notamment à cause des filets de pêches, des collisions avec des navires et de la pollution.
Près ce squelette de baleine, M. Katô explique donc grossièrement l'évolution et la biologie des baleines à Yuki et Ivan. Vu leur ignorance des cétacés en général (à Muroto, ils n'avaient pas été capables de reconnaître la statue d'une baleine à bosse), il me semble qu'il aurait sans doute été préférable de commencer cette série par ce 7e épisode.
Lors de l'épisode 8, M. Katô continue son explication en évoquant le rôle des régions polaires pour les baleines et les cycles migratoires des cétacés. Bizarrement, Greenpeace préfère se concentrer sur l'Antarctique alors que les baleines de l'hémisphere nord ne s'y rendent jamais. Cela s'explique sans doute par la présence de propagande très généraliste en-dessous des vidéos, sur le site de "Whale-Love Wagon". Comme d'habitude, le but n'est pas tant d'informer que de désinformer. D'ailleurs, l'encart publicitaire faisant appel aux dons en page d'accueil du site (en bas à droite) n'est pas là pour rien non plus.
J'ai également constaté quelque chose d'étrange en regardant la vidéo de l'épisode 7. En entrant dans la gallerie où se trouve le squelette de la baleine, Ivan et Yuki disent exactement la même chose, mot pour mot, que lorsqu'ils ont vu la statue de la baleine à bosse à Muroto. Est-ce que le son a été édité à cet endroit ? Mystère...
P.S. :
Il semble que l'un des navire de Greenpeace, l'Esperanza, soit en route pour le Japon où il devrait arriver fin mars. Le syndicat des marins japonais aurait demandé aux autorités d'interdire l'accès de ce navire aux ports nippons. Greenpeace a declaré vouloir inviter les dirigeants de l'Agence aux pêches et de l'Institut de recherche sur les cétacés à bord de l'Esperanza. Affaire à suivre...lire la suite>>
Libellés : Whale-Love Wagon
mercredi, mars 14, 2007
Fête Mêzaiten d'Arikawa
Le 14 janvier de cette année, j'ai fait une petite escapade dans le port d'Arikawa (îles Gotô, département de Nagasaki) pour assister à la fête Mêzaiten 弁財天(メーザイテン)祭り. Le port d'Arikawa est situé sur l'île de Nakadoorijima, dans la région du Saikai, à l'ouest de l'île de Kyûshû. C'est dans cette région que la chasse à la baleine a le plus prospéré durant la période d'Edo. On a compté jusqu'à plus de 70 kujiragumi opérant dans cette partie du Japon à cette époque.
Le kujiragumi d'Arikawa a été organisé par Eguchi Jinzaemon Masaaki 江口甚左衛門正明 avec l'aide d'un chasseur de Koza (province de Kii) en 1626. Après sa mort en 1661, sa succession est assurée par l'un de ses fils, Eguchi Jin.emon Masatoshi 江口甚右衛門正利, mais le partage l'année suivante de l'île entre les fiefs de Fukue et de Tomie va être la cause d'une longue dispute territoriale entre les villages voisins d'Arikawa et d'Uonome, stoppant les activités du kujiragumi d'Arikawa. Ce n'est que 29 ans plus tard, en 1690, et après quatre aller-retours jusqu'à Edo d'une délégation dirigée par Eguchi Jin.emon pour demander la résolution du conflit au shôgoun, que les pêcheurs d'Arikawa se verront autoriser de nouveau la chasse à la baleine et que le kujiragumi sera reformé.Lors de ces déplacements, Eguchi Jin.emon et ses compagnons ont visité quelques 96 temples et sanctuaires pour s'assurer une issue favorable à leur problème territorial. Parmi ces sites se trouve celui de Benzaiten à Kamakura, dont Eguchi était un fervent adorateur. En remerciement pour leur victoire dans le conflit qui les opposaient au village d'Uonome en 1691, il décida de créer sanctuaire en l'honneur de Benzaiten à Arikawa, le Mêzaiten-gû, faisant de ce dernier le protecteur du kujiragumi. C'est à cette période qu'ont débuté les célébrations de la fête Mêzaiten, généralement tenues le 14 janvier.
De nos jours, de jeunes gens réunis en groupes représentant les six quartiers du port d'Arikawa participent à cette fête, vêtus de vestes happi et portant un bandeau rouge ceint autour de la tête ou des épaules. Le rituel consiste à entonner des chants hérités du kujiragumi tout en battant du tambour (voir vidéo) et commence par une visite au sanctuaire Mêzaiten-gû à l'aube (vers 6h30-7h00 du matin). Ils font ensuite le tour des différents monuments baleiniers du port avant de visiter les foyers de leurs quartiers respectifs, jusque tard le soir.Outre le sanctuaire Mêzaiten-gû, il reste plusieurs sites témoignant du passé baleinier d'Arikawa. Le plus impressionnant est sans aucun doute le sanctuaire Kaidô-jinja qui possède un portique torii 鳥居 constitué avec les os de la mâchoire d'une baleine bleue (photo 1). Non loin de là se trouve le mont Kujirami au sommet duquel a été reconstituée une petite cabane qui servait autrefois à repérer les baleines (yamami-goya 山見小屋). A côté ont été érigées des stèles funéraires (kuyô-hi 供養碑) à la mémoire des baleines capturées par les gens d'Arikawa (photo 2). Depuis la cabane, on peut apercevoir, en contrebas, le lieu où les cétacés étaient autrefois dépecées (photo 3). En outre, le terminal des ferries d'Arikawa comporte un petit musée dédié à l'histoire de la chasse à la baleine à Arikawa. On peut y regarder une animation très bien réalisée d'une peinture ancienne décrivant la façon dont le kujiragumi opérait autrefois...lire la suite>>
Libellés : cultures locales, vidéo
lundi, mars 12, 2007
Les Aïnous et les baleines
Jusqu'à présent, nous avons suivi l'évolution de la chasse à la baleine par les Japonais (Wajin), mais d'autres peuples de cet archipel ont aussi profité des bénéfices des courants marins qui circulent le long des côtes japonaises. Cette fois-ci, je propose de nous pencher sur le cas des Aïnous, peuple autochtone du nord du Japon.
Tous comme je l'ai évoqué précédemment, les contacts entre les habitants de l'archipel japonais et les cétacés remontent à la préhistoire. De nombreux ossements de cétacés ont été retrouvés lors de fouilles sur des sites datant de l'époque Jômon (de -10.000 à -300). Ainsi sur l'île de Hokkaidô, des ustensils tels que des peignes en os de baleine datant d'il y a environ 4000 ans ont été découverts sur le site de Yakumo Kotan 八雲コタン遺跡. L'exhumation sur le site archéologique de Kikyô 2 桔梗2遺跡, près de la ville de Hakodate, d'une statuette en terre cuite représentant une orque et datant du milieu de la période Jômon est particulièrement intéressante. De même, des ossements de dauphins allignés en lignes parallèles ou en forme d'étoile et recouverts d'ocre rouge ont été découverts sur le site archéologique de Higashi-Kushiro 東釧路貝塚 (ville de Kushiro), indiquant la possibilité d'un rite relatif à la chasse aux dauphins.
Au 5e siècle, la culture dite d'Okhotsk a fait son apparition le long du littoral de la mer du même nom, sur les cotes de Sakhaline, de Hokkaido et des îles Kouriles. Ce peuple de chasseurs-pêcheurs construisait de solides embarcations et chassait les mammifères marins près des côtes. Sur un étui à aiguilles fabriqué avec un os d'oiseau et qui a été découvert sur le site de Bentenjima 弁天島貝塚 (5e siècle) près de Nemuro, est gravé d'un dessin représentant ce qui semble être une scène de chasse à la baleine. On peut y distinguer un homme debout sur un bateau et tenant un harpon. L'embarcation est reliée par des lignes à une forme ressemblant fortement à une baleine.
Bien que la culture aïnou soit probablement apparue aux alentours du 13-14e siècles, ce n'est que grâce aux rapports d'explorateurs occidentaux datant des 17-18e siècles que l'on sait que les Ainous chassaient autrefois les cétacés. Ils capturaient principalement de petits cétacés et des baleines qui s'étaient échouées sur la côte en essayant d'échapper à des orques. Il faut d'ailleurs souligner le fait que les baleines, hunpe, ne sont généralement pas considérées comme des kamuy (esprits) faisant l'objet de cultes, contrairement aux orques que les Aïnous appellent repun kamuy (dieux de la mer). Autrefois, tout comme dans le cas de l'ours, des statuettes en bois représentant des orques (kamuy rini) étaient utilisées lors de rituels dits kamuynomi.
De même, la découverte de baleines échouées sur la plage était considérée comme un don des dieux. On trouve d'ailleurs encore aujourd'hui à Hokkaidô des danses telles que les hunpe rimse et des noms de lieux comportant le mot hunpe (baleine) témoignant de ce phénomène. Les carcasses des cétacés ainsi découverts étaient généralement la propriéte du kotan (village) et partagées entre les membres du village. Bien que la chair et le lard étaient principalement consommés localement, ces produits devinrent également des articles d'échanges avec le développement des relations entre les Aïnous et les Japonais.
D'après une enquête menée par Natori Takemitsu auprès d'anciens, les Ainous de la baie de Funka ont chassé les baleines jusqu'au début du 20e siècle. Les espèces visées étaient le rorqual de Minke (nokor hunpe) et le rorqual boréal (sinokor hunpe). La chasse avait lieu au mois de mai. Les pêcheurs aïnous gardaient des harpons (kite) enduits d'un mélange de poison (aconite) et de bile de corbeau ou de renard à bord de leurs embarcations dites itaomacip au cas où ils croiseraient une baleine.
Bien que les Aïnous ne chassent plus les baleines aujourd'hui, il est possible qu'ils demandent un jour à se voir autoriser cette pratique traditionnelle de la même façon que d'autres peuples autochtones tels que les Makah en Amérique du Nord. Il semble d'ailleurs que des membres de l'Association Utari de Monbetsu aient déjà un projet de ce genre.
Crédits photos :
1. Hakodate City Museum
2. Hokkaido University
3. The Ainu Museum..lire la suite>>
Libellés : cultures locales, histoire
samedi, mars 03, 2007
"L'amour des baleines" de Greenpeace - 5 et 6
Les 22 février et 1 mars derniers, Greenpeace a diffusé deux nouveaux épisodes de son feuilleton internet intitulé "Whale-Love Wagon". Cette fois-ci, Yuki et Ivan nous emmènent à Muroto et rendent visite à un ancien canonnier (celui qui tire les harpons sur les baleines à bord d'un baleinier) qui s'est reconverti en opérateur de tourisme baleinier (whale-watching).
En arrivant à Muroto, les deux protagonistes "indépendants" de Greenpeace passent à côté du petit musée local dédié à l'histoire de la chasse à la baleine (Kiramesse Muroto - kujirakan isanogô) où se trouve un monument représentant une baleine à bosse. Pourtant, malgré tout l'intérêt qu'ils semblent avoir pour les baleines, Yuki et Ivan sont incapables de reconnaître de quelle espèce il s'agit. D'ailleurs, ils n'ont apparemment pas visité ce petit musée qui leur aurait permis de mieux connaître la relation des gens de Muroto avec les baleines.
Ils se rendent donc au domicile de M. Nagaoka Tomohisa (75 ans) qui a pris part aux campagnes de chasse à la baleine en Antarctique pendant 20 ans dont 16 en tant que canonnier. Après avoir montré diverses photos de cette époque, M. Nagaoka explique à Yuki et Ivan dans quelles conditions on chassait les baleines alors. Il mentionne notamment les systèmes de Whaling Olympics (Olympiades baleinières) et de Blue Whale Unit (Unité baleine bleue). Ces mesures mises en place par la Commission baleinière dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale établissaient un quota global (16.000-15.000 BWU jusqu'en 1962-63) pour toutes les nations calculé en fonction des équivalences de la quantité moyenne d'huile pouvant être extraite des différentes espèces de grands cétacés (sauf le cachalot). Il va sans dire que ces mesures qui n'ont été abolies respectivement qu'en 1962 et 1972, ont eu un effet désastreux sur les populations de grandes baleines.
Dans son entretien avec les deux jeunes gens, M. Nagaoka exprime son regret quant aux massacres qui ont eu lieu dans le passé. C'est un sentiment partagé par la plupart des gens qui ont pris part aux campagnes de chasse à la baleine à cette époque (années 1950-60). Selon certains témoignages, la concurrence entre les différentes flottes baleinières était telle que les baleiniers utilisaient parfois les cadavres des baleines comme "pare-chocs" pour gagner du temps et les carcasses ne pouvant être complètement dépecées étaient rejetées à l'eau. Heureusement, ce genre de chose ne peut plus se produire aujourd'hui.
M. Nagaoka profite désormais de l'excellente connaissance des cétacés qu'il a acquise durant sa carrière pour organiser des excursions de tourisme baleinier. C'est ce que les opposants à la chasse à la baleine promeuvent comme substitut à la chasse à la baleine. Il n'est donc pas étonnant que Greenpeace souligne le cas de M. Nagaoka. Mais outre le fait que le tourisme baleinier pose également des problèmes, il n'est pas forcément incompatible avec la chasse à la baleine comme l'indique Segi Shio dans un article publié en 2003 dans le bulletin de la CPS. En fait, il aurait été intéressant de savoir si M. Nagaoka mange de la viande de baleine...lire la suite>>
Libellés : Whale-Love Wagon
vendredi, février 23, 2007
L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 4
Comme je l'ai évoqué la fois précédente, les organisations de chasse à la baleine appelées kujiragumi vont connaître un déclin à partir de la moitié du 17e siècle. La principale cause de ce déclin réside dans la faible efficacité des techniques de chasse au harpon : de nombreux animaux sont blessés mais parviennent à échapper aux chasseurs.
Ce problème va être réglé entre 1675 et 1677 grâce à une innovation technologique : l'introduction de filets dans les techniques de chasse baleinière des kujiragumi (amikake-tsukitorihogei 網掛け突き捕り捕鯨). On considère que cette idée serait venue au dirigeant du kujiragumi de Taiji, Taiji Kakuemon 太地覚右衛門 en observant un insecte piégé dans une toile d'araignée, mais il est fort probable que les techniques de pêche de l'époque en soient l'origine réelle. L'utilisation des filets permet non seulement d'assurer la capture des baleines, mais elle permet également aux kujiragumi d'entreprendre la chasse des espèces de cétacés dont le cadavre coule apres la mort de l'animal (rorquals).
Tout comme les techniques de chasse au harpon au début du 17e siècle, l'introduction des filets va être transmise aux autres régions pratiquant la chasse à la baleine, atteignant le Tosa (Muroto) dès 1683 et le Saikai (Ouest de Kyûshû) à la fin du 17e siècle. La chasse aux harpons seuls continuera néanmoins d'exister dans certaines régions, en particulier à Katsuyama, du fait des caractéristiques des espèces chassées (ex: baleine à bec de Baird) ou de la configuration des fonds marins. On différencie donc les kujiragumi en fonction des techniques de chasse qu'ils emploient : les tsukigumi 突き組 chassent uniquement au harpon, les amigumi 網組 utilisent également les filets.
L'utilisation des filets va permettre un nouvel essor des kujiragumi, notamment dans la région du Saikai, à l'ouest de Kyûshû, où il y a eu jusqu'à environ soixante-dix groupes de chasse. Cette période va également voir la diversification de l'usage des produits de la chasse. Ainsi, l'huile de baleine qui était principalement utilisée pour l'éclairage, va aussi servir dans les champs après la découverte à la fin du 17e siècle de ses vertus pour repousser les insectes nuisibles. De même, les fanons servent par exemple à la conception des marionnettes de théâtre bunraku. Des ouvrages traitant de la chasse à la baleine tels que le Saikai geigei ki 西海鯨鯢記 (1720) et l'Isanatori ekotoba 勇魚取絵詞 (1829) font également leur apparition à cette époque.
Toutefois, la diminution brutale du nombre de baleines s'approchant des côtes japonaises à partir du milieu du 19e siècle va progressivement provoquer la fin des kujiragumi.
A suivre.....lire la suite>>
Libellés : histoire
samedi, février 17, 2007
Les tombes de baleines de Katsuyama
Aujourd'hui (17 février 2007), je me suis rendu à Katsuyama (Ville de Kyonan, département de Chiba), le port où les deux protagonistes de "Whale-Love Wagon" ont visité récemment.
Comme je l'ai évoqué précédemment, la chasse à la baleine y a commencé au début du 18e siècle sous la direction d'un seigneur local, Daigo Shinbê Sadaaki 醍醐新兵衛定明 (1630-1704). Le nom de Daigo Shinbê a en fait été transmis de génération par les dirigeants (motojime 元締め) du kujiragumi de Katsuyama. La tombe de Daigo Shinbê I (Sadaaki) se trouve sur le flan du mont Daikoku à Katsuyama. Celles de ses descendants sont au temple Myôten-ji 妙典寺.
Tout près de ce temple, se trouve le sanctuaire Kachiyama-jinja 加知山神社. Un chant que les pêcheurs du kujiragumi de Katsuyama entonnaient autrefois pour célébrer la capture d'une baleine, est encore chanté de nos jours lors d'un rituel shintô de ce sanctuaire, organisé tous les ans en juillet. De même, il était de coutume que le dirigeant du kujiragumi offre aux pêcheurs des kimono appelés maiwai 万祝 lorsque la saison avait été particulièrement bonne. Cette coutume régionale n'était pas exclusive à la chasse à la baleine et était pratiquée dans la plupart des pêches. Des maiwai peuvent être contemplés au Musée préfectorale d'Awa 千葉県立安房博物館 dans la ville voisine de Tateyama.Un peu plus loin, se trouve un petit sanctuaire où ont été érigées de petites tombes dédiées aux baleines (kujira-zuka 鯨塚). Près d'une centaine de ces tombes auraient été érigées à la fin de chaque saison, mais il n'en reste qu'une cinquantaine aujourd'hui. Il faut noter que contrairement aux kujiragumi des autres régions qui opéraient en hiver, celui de Katsuyama chassait l'été, lorsque les baleines à bec de Baird migrent près des côtes de la péninsule Bôsô. En moyenne, neuf animaux étaient capturés par an à cet époque...lire la suite>>
Libellés : cultures locales
jeudi, février 15, 2007
"L'amour des baleines" de Greenpeace - 3 et 4
Pendant que Sea Shepherd joue aux auto-tamponneuses contre les navires de la flotte baleinière japonaise en Antarctique, Greenpeace continue son approche "soft" de la question avec son feuilleton "Whale-Love Wagon". Lors du 3e épisode qui a été rendu publique jeudi dernier (8 février 2007), Ivan et Yuki sont conviés par deux grand-mères qu'ils ont rencontrées à Kyonan, à goûter des plats à base de viande de baleine. Avant de manger de la baleine frite, Ivan ne peut s'empêcher de dire que ça lui fait un peu peur car c'est la première fois qu'il y goûte. L'une des deux grand-mères le rassure en lui disant que c'est bon. Après avoir vaincu ses craintes, il répond à la dame que c'est effectivement bon...
Et c'est là que le problème se pose pour Greenpeace parce qu'apparemment, certains supporters de l'ONG ne sont pas d'accord avec le fait qu'un membre de Greenpeace mange de la baleine et dise que c'est bon. Greenpeace précise que Yuki et Ivan sont indépendants de l'ONG. Ben oui, mais "Whale-Love Wagon" est quand-même orchestré par eux non ?
Toujours est-il que sur le blog de "Whale-Love Wagon", Ivan a précisé qu'il n'aimait pas la viande de baleine. Pourtant il a dit qu'il avait trouvé ça bon aux deux dames, non ? C'était sans doute par politesse, alors...
De toute manière, la conclusion d'Ivan et Yuki devant les tombes dédiées aux baleines que les gens du kujiragumi de Katsuyama ont érigées autrefois, c'est que "la viande de baleine est consommée par des personnes âgées nostalgiques". Comme quoi on continue notre ballade dans les généralisations. Mais attendez, le quatrième épisode vaut le coup d'œil aussi.
Cette quatrième partie de "Whale-Love Wagon" emmène Ivan Rigual et Yuki Koinuma dans le port de Ônishi (ville d'Imabari, département d'Ehime). Là, des habitants ont sauvé un baleineau qui s'était échoué sur la plage trois ans auparavant. Un pêcheur ayant pris part au sauvetage explique donc à nos deux touristes comment ils s'y sont pris pour retourner l'animal à la mer. Et là, on a le droit à une question super-pertinente d'Ivan : "Lorsque vous avez découvert la baleine sur la plage, personne n'a proposé de la manger ?". Le pêcheur a répondu que non.
Conclusion de Yuki et Ivan : les Japonais aussi aiment les baleines et ne pensent pas qu'à les manger. C'est vrai qu'on aurait pu croire que les Japonais étaient des balénivores psychopathes... Heureusement que Greenpeace est là pour nous dire la "vérité".
Ce qui est intéressant sur le site de "Whale-Love Wagon", c'est que les vidéos sont accompagnées de propagande greenpeacienne qui n'a généralement pas grand rapport avec le contenu de ces premières. Cette fois-ci, on nous explique que les stocks de viande de baleine continuent d'augmenter car il n'y aurait pas de demande pour ce produit au Japon. Ca, c'est la nouvelle croisade de Greenpeace. On veut nous faire croire que les Japonais ne veulent plus de la viande de baleine. Pourtant, si l'on en croit les analyses de David @ Tokyo, la consommation de viande de baleine a augmenté d'environ 40% entre décembre 2005 et décembre 2006.
Alors que l'arrivage de viande de baleine est passé de 5832 tonnes en 2005 à 8950 tonnes en 2006 du fait de l'augmentation du quota de chasse en Antarctique (400 +/-10 rorquals de Minke jusqu'en 2005 contre 850 +/-10% rorquals de Minke et 10 rorquals communs à partir de 2006), la quantité de viande stockée à la fin décembre 2006 (3904 tonnes) n'a augmenté que de 393 tonnes par rapport au même mois de l'année précédente (3511 tonnes). Autrement dit, la quantité de viande sortant du stock est passée de 5955 tonnes en 2005 à 8558 tonnes en 2006. Cela signifie que la consommation a augmenté en réponse à l'offre, contrairement à ce que Greenpeace veut nous faire croire.
Mise à jour (17 février 2007) :
L'Affaire "Greenpeace mange de la baleine" continue de faire des vagues au sein des protecteurs des cétacés. Cette fois-ci, Sea Shepherd critique sévèrement Greenpeace après que les deux protagonistes de "Whale-Love Wagon" aient dégusté de la viande de baleine, consiférant que ces derniers "ont trahi les baleines". Rappelons que Paul Watson, fondateur et président de Sea Shepherd, est l'un des co-fondateur de Greenpeace. Il a quitté cette ONG du fait de désaccords quant aux stratégies de Greenpeace qu'il trouvait trop pacifistes.
Emiliano Ezcurra, un activiste de Greenpeace responsable de cette nouvelle campagne, aurait déclaré que Greenpeace "n'avait pas de problème avec la culture japonaise et le fait de manger de la baleine" et précisé que l'ONG ne s'opposait pas à la chasse côtière, mais à celle en Antarctique. Les Norvégiens et les Islandais qui ne chassent les baleines que près de leurs côtes seront rassurés de savoir cela...lire la suite>>
Libellés : désinformation, Whale-Love Wagon
mercredi, février 14, 2007
Fête du sanctuaire Ukitsu Hachiôjigû à Muroto
Les 7 et 8 octobre 2006 se tenait à Muroto (département de Kôchi, île de Shikoku) la fête d'automne du sanctuaire Ukitsu Hachiôjigû 浮津八王子宮秋祭 lors de laquelle sont présentés une maquette de bateau et des chants hérités de la chasse à la baleine à la période d'Edo. La maquette est montée sur une sorte de char à roues que de jeunes hommes du quartier d'Ukitsu poussent à travers la ville en chantant et battant du tambour.
La chasse à la baleine a commencé dans le port de Tsuro vers 1625 sous l'impulsion du gouverneur local, Tada Gorôemon. Ce dernier serait issu d'une famille ayant des liens avec les suigun. Les activités de chasse à la baleine dirigée par Tada servaient également à la surveiller la côte contre d'éventuels envahisseurs et auraient duré jusqu'en 1641. Ce n'est qu'en 1660 que les kujiragumi de Tsuro 津呂 et d'Ukitsu 浮津 ont été fondé et que la chasse à la baleine est devenue une activité importante de cette région. Les deux kujiragumi échangeaient leurs zones de chasse tous les ans, l'un sur la côte ouest, l'autre sur la côte ouest du cap de Muroto. En 1683-5, les techniques de chasse aux filets ont été transmises par des gens de Taiji, d'abord au kujiragumi de Tsuro, puis à celui d'Ukitsu.
Les chants présentés lors de la fête du sanctaire Hachiôjigû sont héritées du kujiragumi d'Ukitsu et étaient entonnées par les harponneurs dits hazashi 刃刺 lors des banquets organisés par le dirigeant (kuminushi 組主) du groupe à l'occasion du début de la saison ou pour célébrer une capture. Le saké coulait à flots lors de ces banquets et il était apparemment interdit de sombrer dans l'ivresse à l'intérieur de la demeure du kuminushi, ce qui permet d'imaginer que les règles étaient très strictes dans les kujiragumi.
Le premier jour de la fête est le yoimiya. Deux vingtaines de jeunes gens poussent deux chars sur lesquels sont montés des répliques de bateaux : le hikibune 曳舟et le kujirabune 鯨舟. Ils s'arrêtent devant la porte de chaque maison et entonnent en cœur un chant au rythme du tambour (voir vidéo). Ce rituel doit apporter chance et fortune aux foyers. En échange de ce service, les habitants offrent de l'argent et des boissons aux jeunes gens. Ce processus est répété plusieurs fois de 9 heures le matin jusqu'à après minuit. Le soir, un rituel de purification est accompli par un prêtre shinto au sanctuaire. Cette période de l'année est le moment où les divinités dites kami quittent leurs sanctuaires et se réunissent à Izumo.Lors de ce yoimiya, j'en ai profité pour faire un petit tour au sanctuaire Tsuro Ôjigû. Là, sont conservés divers peintures et maquettes évoquant les activités du kujiragumi de Tsuro. Je suis également allé dans un petit musée dédié à l'histoire de la chasse à la baleine à Muroto et où sont exposés divers outils et peintures. Bien que la chasse à la baleine ait cessé au milieu du 20e siècle à Muroto, de nombreux baleiniers et marins originaires de cette ville ont pris part aux campagnes de chasse baleinière pélagique en Antarctique ou dans le Pacifique nord. Le plus célèbre est sans doute le canonnier Izui Moriichi 泉井守一 qui détient le record de baleines harponnées ; 10.304 toutes espèces confondues.
Le lendemain, le 8 octobre était le honmiya. Des décorations de fleurs en papier ont été accrochées aux structures supérieures des chars. Après un autre rituel shintô dans l'enceinte du sanctuaire, plusieurs habitants du quartier s'y réunissent. Un défilé part du sanctuaire en direction du port de Muroto. En plus des deux bateaux, des châsses et des gens vêtus de divers costumes prennent part à la parade. Au port, les chars et châsses des différents sanctuaires locaux sont réunis. Les jeunes gens du kujirabune forment un cercle autour du joueur de tambour et entonnent assis leurs chants pendant plus de 30 minutes. Après cela, les chars et châsses retournent dans leurs sanctuaires respectifs. La fête est finie. Les jeunes hommes y ayant participé se réunissent dans une grande salle pour fêter ça et chanter une dernière fois en cœur...lire la suite>>
Libellés : cultures locales, vidéo
samedi, février 10, 2007
Sea Shepherd blesse deux marins japonais
Les activistes de l'ONG anti-baleinière Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) ont découvert la flotte baleinière japonaise hier et ont commencé leurs actions périlleuses, lançant des grenades fumigènes et des bouteilles de verre contenant de l'acide butyrique sur le pont du Nisshin-maru. Deux marins japonais auraient été légèrement blessés par les projectiles lancés par les membres de SSCS. L'un aurait été atteint par un éclat de verre au visage, l'autre aurait reçu de l'acide butyrique dans un œil.
Cette ONG qui est particulièrement connu pour ses méthodes violentes - Sea Shepherd a coulé plusieurs baleiniers - prétend agir au nom de Charte pour la nature des Nations Unies contre les opérations "illégales" japonaises de chasse à la baleine. Il est peut-être nécessaire de préciser que l'un des navires de SSCS est équipé d'une lame renforcée sur l'un de ses flancs et que le président de l'ONG, Paul Watson a annoncé qu'ils étaient prêts à tout pour arrêter les baleiniers japonais. En outre, Sea Shepherd s'est vue retirer son statut d'observateur à la Commission baleinière internationale du fait de ses exactions, notamment contre des baleiniers islandais amarrés dans le port de Reykjavik en 1986.
Les opérations de chasse scientifique japonaises sont tout à fait légales, comme je l'avais souligné ici. L'interprétation de Paul Watson est volontairement biaisée de façon à justifier ses interventions violentes. Par ailleurs, la réputation de SSCS est davantage entachée puisqu'ils ont, en plus d'actes de vandalisme, blessé deux personnes. Bien sûr, Paul Watson réfute ces faits, prétendant qu'il s'agit-là d'invention de la part des Japonais.
Le constat que l'on peut faire, c'est que la question de la chasse à la baleine, qui a dépassé le cadre écologique depuis bien longtemps, est désormais l'affaire d'extrémistes comme Paul Watson qui sont prêts à tout, c'est a dire même à risquer la vie d'hommes, pour imposer leurs croyances. C'est avec ce genre de fanatisme que la plupart des guerres ont commencé. Avec un peu de chance, les deux bateaux de Sea Shepherd seront à court de carburant avant que quelque chose de plus grave n'arrive. A noter également que l'un des navires, le Farley Mowat navigue sans pavillon après que les autorités maritimes du Belize aient annulé son enregistrement, et que le second navire, le Robert Hunter est sur le point de subir le même sort si l'on en croit les autorités britanniques.
Mise à jour 1 (12 février 2007) :
Selon certains journaux, les navires de Sea Shepherd étant presque à court de carburant, Paul Watson aurait déclaré être prêt à emboutir le navire-usine japonais Nisshin-maru avec le Farley Mowat. S'il fallait une preuve de la démence de Paul Watson, c'est chose faite. Ce genre d'attitude fanatique montre le peu de respect que les gens de SSCS ont pour la vie et l'environnement.
Mise à jour 2 (12 février 2007) :
Le Robert Hunter et un navire de la flotte baleinière japonaise sont entrés en collision aujourd'hui. Le bateau japonais en question est le Kaikô-maru, un navire d'observation dont la mission est d'observer les groupes de baleines qu'il croise et de prélever des échantillons de krill. Il n'est pas équipé de canon lance-harpon et ne présente donc aucun danger pour les cétacés.
Malgré celà, Paul Watson déclare que le Farley Mowat et le Robert Hunter manœuvraient pour protéger un groupe de baleines situées près du Kaikô-maru. Un mensonge maladroit de la part de Watson pour justifier son attaque contre ce navire japonais. Ou alors, il a définitivement perdu le peu de raison que l'on pouvait espérer de lui.
Heureusement, plus de peur que de mal dans cette collision. En fait, c'est le navire de SSCS qui semble avoir subi le plus de dommages.
Mise à jour (13 février 2007) :
L'Insitut japonais de recherche sur les cétacés (ICR) vient de rendre public une vidéo (format WMP) de la collision entre le Kaikô-maru et le Robert Hunter. Malgré les démentis de Sea Shepherd quant à leur responsabilité dans cette collision, la vidéo montre bien que le Robert Hunter a délibérement heurté le navire japonais...lire la suite>>
Libellés : désinformation, Sea Shepherd
vendredi, février 09, 2007
Danses des baleines dans le port de Miwasaki à Shingû
Le 15 septembre dernier, je me suis rendu dans le port de Miwasaki (ville de Shingû, departement de Wakayama) pour voir des danses dites kujira-odori 鯨踊り (danses des baleines) et présentées lors de la grande fête du sanctuaire Hachiman-jinja 三輪崎八幡神社例大祭. Malheureusement, contrairement aux informations que j'avais obtenues sur internet, les danses ne devaient être présentées que deux jours plus tard, le 17 septembre. J'ai néanmoins pu récemment obtenir une vidéo de ces danses grâce à la générosité de M. Taiji Akira, le descendant de la famille qui organisait la chasse à la baleine à Taiji. Vous pouvez également regarder un courte vidéo de l'une de ces danses sur le site de la ville de Shingû. (En bas de la page. Notez également qu'une course de bateaux héritée du suigun de Kumano est également organisée tous les ans en octobre dans cette région)
Deux danses sont presentées lors du festival du sanctuaire Hachiman-jinja : denchû-odori et aya-odori. La première est dansée debout avec des éventails et symboliserait la capture de la baleine dans les filets. La seconde est dansée assis avec des batons à rayures et à pompons, représentant le harponnage de l'animal. Ces danses auraient fait leur apparition il y a quelques 300 ans lorsque le kujiragumi de Miwasaki opérait dans cette région. La forme de ces danses a évolué en même temps que les techniques de chasses se sont développées. Elles ont disparu avec le déclin du kujiragumi dû à de mauvaises saisons à la fin de la période d'Edo-début Meiji (fin du 19e siècle). Ce n'est qu'en 1924 qu'elles ont été reconstituées grâce à de jeunes gens de la région. Elles sont désormais transmises par l'Association de préservation des arts locaux de Miwasaki 三輪崎郷土芸能保存会 et ont été reconnues patrimoine culturel intangible par la préfecture de Wakayama en 1974.En me rendant à Shingu, je suis passé par Katsuura. Là, se trouve une boutique de souvenirs locaux appelée Ogura-ya 小倉屋 où sont vendues de petites maquettes des bateaux du kujiragumi de Taiji. Cette boutique ayant fait l'objet d'un article dans le quotidien Mainichi Shinbun en septembre 2006, les maquettes connaissent un certain succès auprès des touristes qui passent par Katsuura. La gérante de la boutique, Mme Yamamoto Setsu m'a gentiment invité à visiter l'atelier où les maquettes sont confectionnées à la main. Elle m'a également montré le document ancien sur lequel ils se basent pour reproduire les motifs des embarcations et m'a expliqué que certains clients commandaient une flotte entière, soit 39 bateaux. J'expliquerai ceci plus en detail ultérieurement, mais les kujiragumi utilisaient autrefois plusieurs types d'embarcations dont les sekobune (bateaux rabatteurs), les amibune (bateaux maniant les filets) et les mossôbune (bateaux chargés de ramener les baleines vers la côte).
J'ai également profité de l'occasion d'être dans la région pour faire un tour par Taiji. Là, je me suis rendu aux caps Kajitori-zaki et Tômyô-misaki que je n'avais pas pu voir lorsque j'avais visité cette ville pour la première fois en août 2000. Ces deux caps étaient autrefois utilisés comme poste de repérage des baleines. Aujourd'hui, la reconstitution d'une petite cabane dediée à cet usage (yamami-goya 山見小屋) peut être visitée en haut du cap Tômyô-misaki. Il y a également un monument dédié aux baleines au cap Kajitori-zaki.
Libellés : cultures locales
jeudi, février 01, 2007
"L'amour des baleines" de Greenpeace - 2
Suite au premier épisode du nouveau "feuilleton" de Greenpeace, j'étais
plutôt sceptique quant à la suite des tribulations d'Ivan et Yuki au Japon dans leur "Whale-Love Wagon". A ma grande surprise, pour le second épisode qui a été rendu publique aujourd'hui, ils ont décidé d'aller dans la ville de Kyonan, au sud de la péninsule de Bôsô (département de Chiba). Le port de cette ville s'appelait autrefois Katsuyama et avait été le siège à la période d'Edo d'un kujiragumi organisé par le seigneur local, Daigo Shinbê que j'ai évoqué précédemment.
Sur le site de "Whale-Love Wagon", on peut trouver une très brève et simpliste présentation de l'histoire de la chasse à la baleine au Japon. L'intention première, c'est à dire faire connaître la chasse à la baleine au Japon, me semble plutôt bonne, mais je crains que le but ultime ne soit d'appuyer les messages de Greenpeace sur ce sujet, du genre "les Japonais n'ont plus besoin de chasser des baleines de nos jours". Déjà, certaines déductions de Yuki et Ivan vont dans ce sens. Lorsqu'un habitant de Kyonan leur explique qu'autrefois, il achetait de la viande tous les jours parce que c'était bon marché, ils en concluent que les gens de cette ville mangeaient de la baleine parce que c'était pas cher. C'est faire peu de cas des coutumes alimentaires de cette région.
Apparemment, leur voyage à Kyonan se poursuit dans le troisième épisode de "Whale-Love Wagon". Je me demande si Yuki et Ivan vont aller jusqu'à Wada, non loin de là, voire rencontrer le patron de la société baleinière Gaibô Hogei. On saura ça le 8 février.
Mise à jour :
En re-regardant la vidéo, j'ai constaté quelque chose de révélateur de la mentalité des opposants à la chasse à la baleine. Lorsque Ivan et Yuki se trouve près de la tombe de Daigo Shinbê Sadaaki, sur le mont Daikoku, ce premier pose une question à M. Saso Hiroki quant à la consommation de viande de baleine dans cette région. Ivan dit "les Espagnols, les Européens, en bref, les étrangers ("gaijin", non-Japonais), ne mangent pas de baleine". Il me semble que les Norvégiens et les Islandais qui mangent de la baleine, sont eux aussi des Européens. De même, il existe de nombreux autres peuples en dehors du Japon qui chassent les baleines et se nourrissent de leur chair.
En outre, lorsque les Basques ont commencé à chasser les baleines franches dans la baie de Biscaye au 9e siècle, ils consommaient également la viande des cétacés, et avaient même une préférence pour la langue. Cette coutume a disparu du fait de la raréfaction des baleines franches près des côtes, obligeant les baleiniers basques à naviguer de plus en plus loin, durant de longs voyages en mer. La conservation de la viande de baleine étant difficile en ces temps-là, l'objectif de la chasse s'est alors concentré sur la production de l'huile.
..lire la suite>>
Libellés : désinformation, Whale-Love Wagon
vendredi, janvier 26, 2007
Contempler les bateaux des chasseurs de baleines d'autrefois
Pour illustrer un petit peu ce que j'ai dit dans "L'histoire de la chasse à la baleine au Japon - 3", je me permets de reprendre un article du Yomiuri shinbun (édition d'Ôsaka) que j'avais traduit pour un forum internet sur le Japon :
Contempler les bateaux des chasseurs de baleines d'autrefois
Yomiuri (Ôsaka), le 18 octobre 2005 
Les couleurs pâlies racontent les vicissitudes de la chasse baleinière
S'agit-il de l'épave d'un bateau qui a fait naufrage, a été tourmenté par les vagues et a dérivé ?
Il ne reste que trois planches en partie pourries. Elles mesurent entre 2 et 4 mètres. Eventails en bois de cyprès du Japon (hinoki) avec pompons, bambous flottant sur fond noir, .... Bien qu'ils aient pâli, les dessins figurant sur leur surface nous informent sur l'origine de ces planches.
Il s'agirait d'une partie des flancs et de la proue d'un sekobune (bateau rabatteur), un bateau de chasse à la baleine que l'on conduisait au large à la rame et à bord duquel se trouvait un harponneur appelé hazashi. On estime que ces planches on été fabriquées durant la fin de la période d'Edo. Elles sont conservées au Musée de la baleine de Taiji (département de Wakayama).
La chasse baleinière traditionnelle serait apparue dans la baie de Taiji (province de Kii) en 1606, au début de la période d'Edo. C'est à cette date qu’un cartel spécialisé appelé sashite-gumi se serait formé. Un demi siècle plus tard, la technique de chasse consistant à piéger la baleine avec des filets et à l'abattre à l'aide de harpons, y a été mise au point et transmise aux autres régions.
C'est ainsi que les baleines, que l'on craignait et auxquelles on donnait le nom d’isana (poisson valeureux), ont autrefois apporté de nombreuses richesses aux hommes. C'est également à cette époque que les sekobune ont été parés de dessins aux couleurs vives. On ignore si c'était pour stimuler les hazashi qui affrontaient de gigantesques baleines au corps à corps, ou une façon pour les propriétaires des bateaux de montrer leur pouvoir.
Au début de l'ère Meiji, la chasse traditionnelle qui avait prospéré au point que la capture d’"une baleine apportait la richesse à sept villages", a brutalement touché à sa fin à Taiji. C'est suite à un naufrage sans égal que de nombreux hazashi et bateaux ont disparus dans les vagues.
Plus tard, la chasse à la baleine a repris jusqu'à ce que soit adopté un moratoire sur la chasse commerciale. Ces planches ont traversé le cours du temps et racontent les succès et les échecs de la chasse à la baleine (isanatori) qui comptera 400 ans d’histoire l’année prochaine. 
Reproduction d'un d'une peinture sur rouleau de la période d'Edo. On peut y voire de petites embarcations affronter une immense baleine.
Le grand naufrage qui a mis fin au kujiragumi de Taiji
Sans doute est-ce parce qu’il s’agit du lieu où la chasse à la baleine est apparue, les sekobune de Taiji étaient réputés pour être majestueux et magnifiques.
Dessins de pawlonia, phénix, wari-kiku (chrysanthèmes), shôchikubai (pins, bambous et pruniers) et éventails en bois de hinoki.... A la période d’Edo, ces bateaux décorés de divers motifs glissaient entre les vagues en formant des escadrons. Composé de plus d’une dizaine de personnes, leurs équipages ramaient au rythme des cris des barreurs et rabattaient les baleines vers la mer de Kumano.
Ces escadrons pouvaient compter jusqu’à 25 embarcations. Le spectacle offert par ces bateaux aux couleurs éclatantes écumant ensemble une mer d’un bleu foncé, devait certainement être superbe. Un érudit en culture traditionnelle japonaise du fief de Kii a d’ailleurs composé un poème à ce sujet.
"La procession des 80 bateaux de Kumano chassant la baleine sont comme des fleurs et des feuilles dispersées au milieu de la baie."
La chasse traditionnelle à la baleine a été initiée au début de la période d’Edo par le sashite-gumi qui était composé de pêcheurs de Taiji.
La baleine franche qu’ils appelaient semi (beau dos), mesurait en moyenne 16 mètres pour un poids de 60 tonnes. Un pêcheur ne pouvait en aucun cas l’affronter seul. Comment capturer une baleine qui migre en utilisant le courant marin du Kuroshio et vient près du littoral ? Membre d’un puissant clan, Wada Yorimoto, après avoir médité sur cette question, a pris la direction d’un groupe de pêcheurs et a créé les bases de la méthode de chasse en groupe.
Ce sont les sekobune qui tiennent le rôle principal dans ces escadrons. Ces embarcations à bord desquelles se trouvent les harponneurs dits hazashi, ont la tâche d’abattre les baleines. L’ordre hiérarchique de ces bateaux est déterminé par leurs dessins : le leader est celui orné d’un phénix, l’éventail en bois de hinoki marque le cinquième rang. Il y a d’autres types d’embarcations dont les rôles sont de déployer les filets ou de transporter les baleines capturées, mais leurs décorations étaient paraît-il modestes.
Le sashite-gumi a par la suite pris le nom de kujiragumi. Les opérations de chasse, de dépeçage et de transformation des matériaux ont été perfectionnées. On comptait 40 bateaux à Taiji au milieu de la période d’Edo, âge d’or de la chasse baleinière traditionnelle.
Le "Nippon eidai-gura" d’Ihara Saikaku offre un témoignage de cette époque. "Les grandes baleines aux mille saveurs... La ferveur de sept villages... On peut bien remplir plus de mille tonneaux en extrayant l’huile. Chair, gras, nageoires, comme rien ne se jette, il est aisé de s’enrichir."
En 1681, 95 baleines ont été capturées. Le prix d’une baleine franche pouvait dépasser 100 ryô (pièces d’or), parfois même atteindre 300 ryô. Ces kujiragumi rassemblaient également des charpentier ou des peintres et constituaient le summum des organisations de travail à l’époque pré-moderne.
"Les splendides dessins des bateaux sont le symbole de la prospérité des baleiniers. Mais ils ont tout perdu lors du grand naufrage...", raconte M. Kita Yôji (63 ans), président du conseil d’éducation de la ville de Taiji et dont le grand-père était le "dernier hazashi". 
Maquette grandeur nature d'un sekobune exposée au Musée de la baleine de Taiji.
C’est à 15 heures, le 24 décembre 1878 que cela s’est produit.
En haut du cap Tômyôzaki, un signal est lancé depuis le yamami qui sert de lieu de commandement à la chasse baleinière. En point de mire se trouve une grosse baleine franche accompagnée de son petit. Il pleut, le coucher du soleil est proche. En temps normal, les gens du "kujiragumi" ne prendraient pas la mer, mais leur vision des choses est brouillée. Les baleiniers américains et anglais chassent intensivement dans les eaux autour de l’archipel et les prises restent maigres pour les chasseurs japonais depuis le début de l’ère Meiji.
Les embarcations du kujiragumi de Taiji se lancent les unes après les autres dans la mer en ce début d’hiver, alors que le coucher du soleil se fait de plus en plus menaçant.
Les bateaux qui avaient pris les devants, déploient les filets. Les harpons sont lancés depuis les sekobune. Tout en affrontant la baleine qui se retourne sur elle-même, les embarcations sont petit à petit emportées vers la haute mer. Au bout de la nuit, l’animal a été achevé, mais la pluie et le vent sont violents. Avalés par de puissantes vagues, les bateaux se retrouvent dispersés.
Certains ont dérivé vers l’île de Kôzushima (îles Izu), distante de 300 kilomètres, et ont réussi à rentrer chez eux près de trois mois plus tard, mais de nombreux baleiniers ont péri du fait des vagues, de la faim ou du froid.
Il s’agit de la plus grande tragédie de l’histoire de la chasse à la baleine au Japon. On l’appelle le "naufrage de la grande baleine franche (ôsemi-nagare)", du nom de l’animal capturé.
Le kujiragumi a été anéanti. Cependant, "on ne sait pourquoi, aucun document faisant état des morts et des disparus n’existe", raconte l’historien local Horihashi Hiroshi (87 ans). Selon ses recherches, il estime que la flottille était composée d’une vingtaine de bateaux à bord desquels se trouvaient 258 personnes et qu’au minimum 119 ont trouvé la mort lors du naufrage. Les chiffres réels sont encore inconnus aujourd’hui.
On peut imaginer quelle a été la détresse provoquée par cette tragédie à Taiji. Sans doute parce qu’ils ne pouvaient supporter l’idée de rester, les rescapés du naufrage sont partis les uns après les autres chercher une nouvelle vie en Amérique. Par ailleurs, la mise en garde "une baleine franche accompagnée de son petit, même pas en rêve !", a fait son apparition à Taiji. Les gens pensent que c’est parce qu’ils ont pourchassé la baleine et son petit, que les baleiniers ont fait naufrage.
M. Horihashi estime que les habitants de Taiji ont ressenti une douleur dont ils voulaient se défaire au point d’ériger la baleine et son petit en tabous. De même, le fait qu’il ne reste aucune trace écrite des naufragés, est probablement dû à leur volonté d’essayer d’oublier le cauchemar du naufrage de la grande baleine franche. 
Shôwa-maru. Bateau de chasse côtière aux petits cétacés basé à Taiji.
Deux bateaux à Taiji de nos jours
Même si l’époque de la chasse traditionnelle est révolue, la chasse à la baleine continue.
A la fin de l’ère Meiji, le canon lance-harpon a été introduit depuis la Norvège et la chasse baleinière moderne a débuté. Les sekobune ont été remplacés par des bateaux motorisés appelés tentobune. Dans les années 1960, les flottes baleinières à destination de l’Antarctique comptaient plus de 200 canonniers originaires de Taiji. A la place du harpon traditionnel, ces derniers maîtrisaient désormais le canon lance-harpon.
Hamai Shimasaburô (81 ans) qui est né sur le bateau qui conduisait son père pêcheur et sa mère en Amérique et qui est retourné au Japon avant la Seconde Guerre Mondiale, était l’un d’eux. "Etant attiré par les tentobune depuis mon enfance, je suis naturellement devenu baleinier", se souvient-il. Il faisait partie de l’élite des canonniers, abattant 22 rorquals communs, 473 rorquals de Rudolphi et 23 cachalots rien que pour la saison de chasse 1965-66 en Antarctique.
La tradition qui a créé ces gens que l’on peut qualifier de "hazashi des temps modernes", est aujourd’hui de nouveaux menacée par la crise. Depuis l'année 1982 lors de laquelle la Commission baleinière internationale a adopté un moratoire sur la chasse commerciale, le déclin de cette activité se poursuit. A Taiji, seuls deux bateaux continuent la chasse côtière des petits cétacés tels que la baleine à bec de Baird et les globicéphales, qui n’est pas réglementée par la CBI.
On descend du cap Tômyôzaki vers le port de Taiji, tout en contemplant la mer. Sur le bord du chemin se trouve un monument de pierre sur lequel est gravé "Monument à la mémoire des naufragés". Il mesure 2 mètres de haut. Nulle part sont indiqués la date ou le nom de la personne qui l’a fait ériger. C’est un rescapé du naufrage de la grande baleine franche qui l’aurait construit.
Ce monument évoque tristement la fierté et les regrets du kujiragumi qui a marqué une époque et a disparu en même temps que les sekobune.
Les vagues grondent.
En bas, elles se brisent contre les rochers.
Texte – Sekiguchi Kazuya
Photos – Ônishi Kenji 
Note :
Du fait de l’entrée en vigueur du moratoire sur la chasse commerciale à la baleine, seule la chasse côtière est possible. Le gouvernement japonais fixe des quotas annuels pour chaque espèce de cétacés : 66 baleines à bec de Baird, 50 globicéphales tropicaux. Ces cétacés sont chassés dans quatre ports dont Taiji, Wada (département de Chiba) et Abashiri (département de Hokkaidô). D’autre part, le Japon conduit des campagnes de chasse scientifique, notamment en Antarctique, et soutient que le nombre de rorquals de Minke augmente et permet l’exploitation de ces ressources.
Cependant, lors de la réunion plénière de la CBI qui s’est tenue en Corée du Sud au mois de juin de cette année, la proposition japonaise appelant à la reprise de la chasse baleinière commerciale a été rejetée (23 voix pour, 29 contre, 5 abstentions). La situation reste difficile.
A voir :
Le musée municipal de la baleine de Taiji a ouvert en 1969. On y compte un millier d’objets exposés dont divers éléments présentant la chasse traditionnelle : répliques de sekobune, outils de chasse ou peintures sur rouleaux (emaki). La reproduction grandeur nature d’une baleine franche vaut également le détour. Au cap Tômyôzaki où se trouvait le yamami, ont été reconstitués un phare à huile de baleine de la période d’Edo, une plateforme de commandement faite de pierres entassées et une cabane. Le cap Kajitorizaki où se trouvait un autre yamami, a été aménagé en parc.
*****************Fin de l'article*********************
Commentaires personnels :
- L'article indique que la chasse à la baleine serait apparue à Taiji en 1606, ce n'est pas tout à fait vrai. En fait on estime que les Japonais on commencé à chasser les grands cétacés à la fin du XVIe siècle à Morozaki, au sud de la péninsule de Chita, dans les baies de Mikawa et d'Ise. En 1606, Wada Chûbei Yorimoto 和田忠兵衛頼元 a fait appel à un chasseur de cette région et à un commerçant du Kansai pour lancer une chasse baleinière de grande envergure à Taiji sous la forme d'un cartel appelé sashite-gumi (刺手組). Les techniques de chasse au harpon vont se répandre le long de la côte de Kumano, puis sur l'île de Shikoku (Tosa) et au Nord-Est de celle de Kyûshû (région du Saikai).
En 1675-77, un descendant de Wada Yoritomo, Taiji Kakuemon Yoriharu 太地角右衛門頼冶 va mettre au point une méthode de chasse employant harpons et filets et permettant d'assurer la capture des baleines, notamment de celles dont le cadavre coule (rorquals) après la mort.
Bien que la région du Saikai ait été la plus prospère en ce qui concerne la chasse traditionnelle à la baleine, les baleiniers de Taiji ont joué un rôle important dans la transmission de ces savoir-faire.
- L'article n'en fait pas mention, mais la région de Kumano était réputée pour ses suigun (水軍), organisations militaires maritimes. On pense que les suigun se sont recyclé dans la chasse à la baleine, faisant usage de leur organisation et de leurs moyens logistiques (bateaux, tours de guet, etc.) à cet effet.
- La malédiction/tabou de la baleine franche accompagnée de son petit se retrouve dans d'autres régions où la chasse était pratiquée traditionnellement. Elle prend généralement la forme d'une histoire lors de laquelle le gérant d'un kujiragumi rêve d'une baleine lui demandant d'épargner son petit et elle. Les baleiniers ignorent cette demande et sont ensuite punis sous la forme d'un naufrage.
- J'ai eu l'occasion de visiter le Musée de la baleine de Taiji en août 2000. Celui-ci est très intéressant, que ce soit au sujet des baleines ou de leur chasse. Il comporte quelques annexes dont un ancien baleinier installé à câle sèche sur la côte, un aquarium, un local où sont présentés deux loutres de mer et des spectacles de dauphins et autres orques. Depuis 2005, une reconstitution du squelette d'une baleine bleue est exposée à l'extérieur. Si vous passez par-là, allez-y, ça vaut le coup.
Le site du musée : http://www.town.taiji.wakayama.jp/museum/
..lire la suite>>
Libellés : cultures locales, traduction
