mercredi, juin 28, 2006

58ème réunion de la Commission baleinière internationale

La 58ème réunion annuelle de la Commission baleinière internationale s'est tenue il y a un peu moins de deux semaines, du 16 au 21 juin, à St Kitts et Nevis, dans les Caraïbes. J'ai pu suivre la plupart des discussions grâce à la retransmission en direct sur Internet par le biais du site www.e-kujira.or.jp, et je dois dire que c'était assez instructif. En voici les meilleurs moments.

Le camp pro-chasse a perdu deux votes dès la première journée. Le premier concernait un proposition japonaise inscrite à l'ordre du jour et relative aux travaux du comité scientifique sur les petits cétacés. Le second n'était ni plus ni moins que l'énième tentative de la délégation japonaise de faire adopter le vote à bulletins secrets. Malgré le rejet de celle-ci, certains pays en voie de développement ont dénoncé l'hypocrisie des Etats du bloc anti-chasse qui s'opposent aux bulletins secrets à la CBI mais pas dans d'autres fora de gestion des ressources naturelles comme la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). Il faut dire que des pays comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, ainsi que de nombreuses ONG opposées à la chasse à la baleine, n'hésitent pas à menacer de sanctions économiques ou de boycott les petits Etats qui votent avec le Japon et la Norvège en faveur de la chasse.

Le Japon a également annoncer son intention de créer un groupe de discussion externe à la CBI de façon à permettre la "normalisation" de cet organisation qui est paralysée depuis bientôt 16 ans. Il a appelé les pays-membres qui étaient prêts à chercher une solution, à participer aux discussions.
Evidemment, le ministre australien de l'Environnement, Ian Campbell a trouvé le moyen de faire perdre du temps de travail à la CBI en insistant pour que le terme "normalisation" soit changé en "modernisation", ce que le Japon a bien entendu refusé. C'est à dire que l'Australie et la Nouvelle-Zélande cherchent à tout prix à changer le rôle de la CBI qui est de permettre la conservation des populations de baleines afin de rendre possible de développement contrôlé de l'industrie baleinière, comme précisé dans la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine.

C'est durant l'après-midi du premier jour que le président du comité scientifique de la CBI a présenté les résultats des travaux du comité. Ont notamment été évoquées les hypothèses cherchant à expliquer la différence dans le nombre de rorquals de Minke observés en Antarctique durant les croisières circumpolaires des programmes IDCR/SOWER de la CBI. Ce sujet étant assez compliqué, je le développerai une autre fois.

Lors du deuxième jour de réunion, le Japon a une fois de plus fait appel à la CBI pour qu'elle autorise la capture annuelle de 150 rorquals de Minke par des communautés baleinières nipponnes. Malgré une explication très précise et argumentée du délégué japonais Morishita Jôji et un discours d'un élu originaire de la région de Taiji (département de Wakayama), la demande du Japon a été rejetée par 31 voix contre 30 pour et 4 abstentions. (Elle aurait nécessité 3/4 des votes pour être q
adoptée)

C'est lors de la troisième journée que s'est produit l'événement le plus notable de cette réunion plénière de la CBI. En effet, le camp pro-chasse a obtenu la majorité durant un vote pour la première fois depuis 20 ans et fait adopté une déclaration dite de St Kitts et Nevis qui, entre autres, rappelle les objectifs de la CBI et souligne que le moratoire est une mesure temporaire et n'est plus nécessaire. Le texte (en anglais) de cette déclaration est accessible ici.

Les conditions dans lesquelles s'est déroulé le vote sont également dignes d'intérêt. En effet, lorsque le délégué de St Kitts et Nevis a dit vouloir soumettre cette décalaration au vote des pays-membres, le Brésil a demandé au président de la commission, Henrik Fischer, si la CBI avait compétence pour voter sur ce genre de texte. Fischer ayant répondu oui, le vote a eu lieu. Cependant, dès que le résultat a été connu, le Brésil a tout de suite annoncé qu'il ne reconnaissait pas le vote car il continuait de considérer que la CBI ne pouvait pas adopter une déclaration par vote (sans consensus) et ne reconnaissait pas l'Islande en tant que pays membre de la commission.
Ce comportement a été sévèrement critiqué par plusieurs pays, notamment le Togo qui a souligné que l'attitude du Brésil et des autres pays dits "like-minded" allait contre l'esprit de la démocratie.

Un peu plus tard dans la journée, le Japon et l'Australie ont présenté leurs programmes de recherche sur les cétacés. Si la présentation des programmes japonais était claire et faisait états d'hypothèses et de résultats, il en était tout autre pour celle faite par Ian Campbell pour l'Australie. En effet, cette dernière présentation n'était ni plus ni moins qu'une comparaison biaisée entre les techniques dites "létales" employées par le Japon et celles "non létales" de l'Australie. Il n'y avait en fait ni objectifs ni résultats présentés pour le programme australien. Suite à celà, Morishita Jôji, le délégué nippon a précisé que les programmes de chasse scientifique japonais combinaient à la fois techniques létales et non létales et que certaines données (âge, maturité sexuelle, accumulation de toxiques dans les tissus corporels) ne pouvaient être recueillies qu'en capturant un certain nombre d'animaux, contrairement à ce qu'avait annoncé le ministre australien.

Le reste des débats n'a pas apporté grand chose de constructif, aussi ne vais-je pas en faire le rapport. Toujours est-il que la déclaration de St Kitts et Nevis va probablement faire couler beaucoup d'encre dans les mois qui viennent. D'ailleurs, Greenpeace a déjà annoncé qu'il retournera cette année encore en Antarctique pour soi-disant protéger les baleines...et surtout faire beaucoup de promo afin que les gens les plus crédules fassent de généreux dons pour remplir les comptes de l'ONG, malgré une résolution de la CBI adoptée par consensus et condamnant les actions d'opposition à la chasse scientifique à la baleine pouvant mettre en péril la vie d'hommes.
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mercredi, juin 14, 2006

Drawing Restraint 9

Je suis récemment allé voir le film Drawing Restraint 9 de l'artiste Matthew Barney, compagnon de la chanteuse islandaise Björk qui en a composé la bande originale. N'étant ni particulièrement fan de Barney ou de cinéma expérimental, mon intérêt pour ce film résidait principalement dans le fait qu'il a été tourné sur le navire-usine baleinier japonais Nisshin-maru.

Grossièrement, l'histoire évoque la rencontre et le mariage à la japonaise de deux invités occidentaux sur le navire-usine. Plusieurs éléments de la tradition japonaise sont évoqués au cours du film : l'emballage traditionnel de présents, une procession de danseurs tirant un camion citerne vers le port où est amarré le navire-usine, des pêcheuses de perles dites ama, une cérémonie du thé à bord du Nisshin-maru, etc.
De même, Björk a fait appel à des artistes japonais pour la bande-son tels que l'interprète de shô (orgue de bouche), Mayumi Miyata.

La chasse à la baleine japonaise, passée ou contemporaine, est également évoquée à plusieurs reprises. Ainsi, on trouve un paravent représentant une scène de chasse à la baleine d'un kujiragumi à la période d'Edo dans l'une des salles du navire-usine. Un peu plus tard, les marins japonais s'adonnent à un jeu consistant à lancer un harpon sur une maquette en forme de baleine (ce qui rappelle de nombreuses fêtes matsuri pratiquée encore de nos jours au Japon). Et lorsqu'une immense colonne d'ambre gris est tiré un peu à la façon d'une baleine sur le pont du Nisshin-maru, les marins japonais ouvrent un tonneau de saké pour célébrer la capture, là encore en référence aux kujiragumi d'Edo.
On peut également observer la façon dont est pratiquée la chasse scientifique à la baleine, de la traque et du harponnage jusqu'à la mesure et au dépeçage.

Il est également fait mention de l'actualité lors de l'unique scène de dialogue du film : le maître de thé présente à ses hôtes le navire-usine et explique que celui-ci a été percuté en 1999 par un ancien bateau de chasse au phoque nommé Arctic Sunrise. Bien sûr, la plupart des spectateurs ne savent pas qu'il s'agit là d'un incident au cours duquel un bateau de Greenpeace (l'Arctic Sunrise) a harcelé et légèrement endommagé le flanc du Nisshin-maru. Etrangement, le même incident s'est reproduit au début de cette année, lors de la campagne de chasse scientifique japonaise en Antarctique.

Pour anecdote, le maître de thé explique que le Nisshin-maru est en fait le 4ème navire-usine baleinier japonais portant ce nom. A l'origine, il s'agissait du nom donné aux navires-usines de la compagnie Taiyô Gyogyô. Le navire actuel, qui est affrété par Kyôdô Senpaku, devrait se nommer Daishi nisshin-maru, mais le chiffre "quatre" (shi) étant de mauvaise augure, car homophone du mot "mort" (shi) en japonais, on l'appelle simplement Nisshin-maru.

Bien qu'il s'agisse d'un film atypique et assez déroutant, je recommande d'aller le voir, ne serait-ce que par curiosité.
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